28 janvier 2009

L'école des femmes, de Molière

L’école des femmes , de Molière, mise en scène d’Anne Coutureau
Première scène, classique donc d’exposition : deux messieurs disent où ils croient en être de leurs parcours ‘fondamentalement existentiels’. On pense : quand donc vont débarquer les autres personnages prévus au programme pour que quelque chose se passe et que nous puissions rire, pleurer ou les deux ? Et même réfléchir ou philosopher…mais ce type de première scène est inévitable chez Molière. Qu’est-ce donc que l’école ? qui est à l’école de qui ? quant aux femmes … Face à Chrysalde (Hervé Jouval) son ami et confident, ce barbon d’Arnolphe (Jean-Luc Jeener ) commence par arpenter la scène , du genre animal en cage . Il joue un être généreux, sincère, à la sensibilité exacerbée mais le comédien masque tout derrière son sourire affable, plus qu’ironique. Il est donc ce compliqué, cet emberlificoté pris à ses pièges de raisonneur, d’intellectuel, de métaphysicien brillant, de donneur de leçons mais capable d’accès de fureur tel un enfant prolongé qui, n’arrivant pas à se faire écouter, distribue des baffes. Il cogne à tout va sur ceux qui lui font obstacle avant de s’effondrer quand il comprend qu’il n’a surtout pas touché celle dont il attendait tout, donc forcément trop : cette Agnès, fille de paysans qu’il a ‘recueillie’ pour la formater, comprenez en faire une femme et une épouse idéale. En l’absence de son tuteur parti pour dix jours à la campagne (Arnolphe a fui un temps, mais pourquoi?) Agnès a rencontré un beau jeune homme et si ardent… on ne vous fera pas l’injure de vous raconter une suite que vous ne connaissez que trop. Sophie de Fürst est une Agnès lumineuse ; quand elle pleure, lisant le catalogue de ce qu’Arnolphe lui impose comme feuille de route pour épouse normale et idéale parce que plus que soumise, son tuteur, affalé à l’arrière-plan le dos contre un pilier, pleure lui aussi. Il avait cru devoir ou pouvoir éveiller en elle le désir des choses de la chair. Mais un jeune homme fougueux a commencé son initiation et cela fort joliment. Le couple de domestiques engagé par Arnolphe pour surveiller la maison où Agnès est recluse et dont le maître a tant besoin d’être absent - mais pourquoi donc, au fait ? - ne se comporte surtout pas d’une manière conventionnelle : Alain et Georgette, à l’inverse de ce que nous proposent toutes sortes de mises en scène complaisantes et minaudantes, sont le plus souvent atterrés par ce qui se passe et c’est là un élément étonnant de plus d’une mise en scène avec dynamite au programme, et dont toute complaisance est absente. Ce spectacle Molière est aux antipodes de tant d’autres, donnés ailleurs, ronronnants et sans âme .
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 mars, dates et réservations : 01 47 70 32 75