05 février 2009

La mort de Don Juan, de Damiane Goudet

Il s’agit bien d’un Don Juan, mais pas vraiment ni seulement de votre Dom Juan selon Poquelin. A sa disparition, il sait qu’il deviendra immortel, du moins c’est ce qu’annonce l’auteur. Qui est-il au juste ? Damiane Goudet qui a écrit et met en scène ce spectacle pour comédien unique, s’attaque à un personnage plus qu’emblématique, se l’approprie, règle ses comptes avec ce qu’il représente ou symbolise. Analyses et tirades avec toutes sortes d’évocations des demandes ordinaires de la chair. Juan, époux d’Elvire qu’il trompe (c’est le lot commun, n’est-ce pas ?) a eu un parcours d’initiateur ; plus que précoce, dès l’âge de quatre ans il a déjà senti qu’il était devenu un homme. Ce Juan narcissique énumère et raconte les femmes qu’il a rencontrées, séduites, peut-être aimées… mais aimer, qu’est-ce que cela veut dire ? et de quoi Juan pourrait-il se sentir coupable sinon d’avoir été authentiquement lui-même ? Luc Antoni est ce Juan à l’allure, la diction et la présence remarquables. Son discours élégant tantôt comporte des passages fulgurants ou lumineux, tantôt ressemble à un cours de philosophie. Japonisé un maximum, avec au départ un visage maquillé de blanc, il porte un authentique costume de soie ancienne, avec des larges ceintures dont il se défait au fur et à mesure qu’il devient ou redevient un homme ordinaire pour terminer en chemise Lacoste et jean noirs. Il replie soigneusement les vêtements dont il s’est successivement dépouillé et à la dernière séquence, renonçant à remonter l’escalier monumental au fond de la scène, il s’engouffre dans une coulisse. La performance du comédien est impressionnante, particulièrement quand il devient un Sganarelle gouailleur au départ mais se révélant très vite pétochard et largué. L’écriture de ce monologue est habile, mais on sort assez désarçonné de cet espace nu où les lumières sont plus que sobres. De plus en l’absence de toute musique la mise en scène de ce spectacle estsimplement suggérée.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Molière l’Intégrale, jusqu’au 31 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75