05 février 2009

La mort de Don Juan, de Damiane Goudet

Mise en scène de l’auteur
Autour de la fameuse « Intégrale Molière » au Théâtre du Nord-Ouest, sont programmées des lectures et des pièces en hommage au Maître.
Acte de l’après, sortie de brume du génial séducteur, suivant les gémissements de Sganarelle, la pièce « à un seul homme » - et quel homme, L’Homme majuscule - de Damiane Goudet nous protège dans l’au-delà donjuanesque, là où, hélas, la Femme n’existe plus qu’à l’état de souvenir puisque le corps ne jouit plus.
Luc Antoni, vêtu de pierreries et de pourpre, samouraï des temps anciens, incarne ce Dom Juan spectral, ce désir sans corps qui se joue du feu et de la damnation puisqu’une légende ne peut mourir et donne encore quelques coups de griffes gantées à Dieu qui ne s’est pas résolu à le donner au Diable, peut-être parce que Dom Juan est une forme aiguë et raffinée de sa création, l’Homme. A un moment, Luc Antoni prend les traits de son valet et son interprétation de Sganarelle, devenu « l’homme ordinaire », celui qui file doux pour ne pas filer en enfer, est truculente.
Le monologue est finement construit, la langue soutenue - malgré un « festif » énervant et anachronique - et l’émotion apparaît sous le maquillage blanc du Maître de la Chute, le Révélateur suprême.
Les pièges du repentir facile, de la dénégation sont finalement évités. Le vilain « machisme » - mot culpabilisateur des effarouchés de la virilité – n’est même plus évoqué. Dom Juan est regretté plus qu’il ne regrette. Et il le sait.
Voici donc un texte élégant, ciselé, un auteur doué et une femme très subtile, en la personne de Damiane Goudet, et un acte à ajouter au Dom Juan de Molière, une hypothèse insolente et agréable à imaginer, plus que les grilleries de ce masque d’amour qu’il fallait bien épargner.
Théâtre du Nord-Ouest, en alternance, jusqu’au 31 mars.
Location :
www.theatredunordouest.com et 01 47 70 32 75

Christian Morel de Sarcus