22 février 2009

La plume de Satan, de Victor Hugo

La plume de Satan,
Adaptée par Danièle Léon de La fin de Satan de Victor Hugo.
Après avoir fait jouer son Egérie de Charles VII (la vie de Jeanne d’Arc) où des hommes trahissent ceux qu’ils ont promis d’aider, de soutenir, mais où la paix est au bout des épreuves, et cette autre pièce sur la vraie passion de Beethoven entre ciel et terre, génie solitaire et mal aimé où la confiance en l’homme et son créateur sera réaffirmée et exaltée, Danièle Léon nous propose une adaptation de La Fin de Satan, poème inachevé de Victor Hugo. L’entreprise est peut-être plus risquée encore que les précédentes car il s’agit de faire entendre un texte puissant, violent, déchirant de ce visionnaire tourmenté, à la fois sombre et lumineux qui remet en question le sens de l’existence et l’enseignement traditionnel d’une Eglise avec ancien et nouveau testaments en parfaite continuité. Et dans une fidélité totale à un texte vécu de l’intérieur. Satan est cet archange superbe, fils rêvé du Dieu qui l’a créé parce qu’il l’aimait avant qu’il ne soit au monde, mais qui pourtant clamera : « je suis un fils sans père ». Déchu par sa propre faute, victime ( mais l’est-il vraiment ? la notion de liberté taraude toujours Hugo ) de son orgueil et de sa démesure, il a « sombré dans l’abîme ». Englué dans la haine, ayant basculé dans la solitude cette autre définition de l’enfer, sorte d’Icare sans innocence, avant de s’abolir et s’engloutir, Satan-Lucifer a perdu une de ses plumes. Par la grâce du poète, elle s’est muée en une jeune fille miraculeuse : cette Ange Liberté, sœur cadette et antagoniste de Lilith qui, elle, est « l’âme noire du monde ». Quant à la suite et à la fin ?… Dans ce petit théâtre si singulier, Danièle Léon et ceux qui, avec elle signent la scénographie de cette adaptation, ont choisi les jeux de lumières, les longs noirs, les projections de sculptures sur un drap blanc devenu écran. Derrière, Nicolas Luquin au jeu très physique est un Satan vociférant, torturé, sardonique, à la voix de stentor, rauque, prenante, et qui sur scène effectue des reptations, se tord, exprimant une douleur indicible. Christina Nidecker (Ange Liberté) et Mia Boutemy (Lilith), muettes et complémentaires apparaissent, disparaissent ; les mouvements répétitifs de leurs bras sont destinés à évoquer des ailes d’oiseaux. Dans des costumes stylisés et gracieux, évoluant sur le même mode, elles accaparent l’espace scénique, leurs déplacements ponctuant inlassablement mots et vers. La récitante (Danièle Léon) est digne et hiératique jusqu'à la fin. Aux saluts émerge de la coulisse Quoc-Bao Ta qui, au piano dans la coulisse, interprétant des compositions d’une simplicité et d’un lyrisme étonnants dues à György Ligeti (1923-2006) donne à ce spectacle déconcertant ce quelque chose qui fait naître vibration et émotion.
Théâtre du Proscénium, jusqu’au 1er mars, du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. Et du 27 mai au 14 juin, mêmes horaires. Réservations : 01 40 09 06 77 et 06 18 60 45 89