16 mars 2009

L'Exil, d'Henry de Montherlant

L’Exil, d’Henry de Montherlant
Mise en scène : Idriss
Pendant la saison théâtrale 2006 le théâtre du Nord Ouest, lieu parisien d’art et d’essai si singulier a programmé l’intégrale Montherlant et l’une des pièces que nous y avons les plus aimées est l’Exil. Elle est reprise ce printemps au théâtre Mouffetard . Ecrite en 1914, pendant que ses camarades « à peine mes aînés » se battaient, elle fut publiée une quinzaine d’années plus tard en tant que « document sur ce qu’il pouvait y avoir dans la tête d’un jeune homme de dix-huit ans, durant les premiers mois de la guerre ». Depuis leur séjour au collège des ‘bons pères’ Philippe de Presles, 18 ans, a pour meilleur ami Bernard Sénac, 19 ans. Tous deux ont décidé de s’engager. Geneviève, mère de Philippe, veuve depuis huit ans,se dévoue remarquablement à la gestion d’un hôpital auxiliaire recueillant les blessés, mais quand son fils lui fait part de sa décision, elle lui fait un tel chantage au sentiment, invoquant ses responsabilités de fils unique et de soutien de veuve, qu’il renonce à suivre son camarade, sans toutefois lui avouer avoir cédé à la pression de sa mère. La suite est la chronique des états d’âme dans lesquels Philippe se débattra, au milieu de la petite société que constituent Coulange, son oncle maternel, personnage assez falot, et les amies de sa mère qui autour d’une tasse de thé commentent les évènements. Elles s’en prennent au jeune homme dont les répliques à l’emporte-pièce, les boutades, les clichés (« les clichés sont toujours vrais ») les réflexions dogmatiques et contradictoires, ponctuées d’aphorismes et de maximes qu’il traite de « paradoxes de conversation », trahissent son mal-être autant que ses frustrations. Pêle-mêle il déclare être resté un enfant, avoir du mépris pour lui-même, mais surtout avoir été exilé de tout ce pour quoi il était fait, et d’abord de la guerre. Malgré ses déclarations grandiloquentes et son apparente sincérité on le sent plus dépossédé qu’autre chose. Cependant Sénac revient du front, blessé et réformé, flanqué de deux camarades de section si vulgaires que Philippe en a un haut le cœur. Après un court échange désagréable avec Sénac il déclarera à sa mère qu’il va s’engager afin de se faire une âme comme celle de son ami « pour le retrouver au retour ». Dans un décor évoquant un salon cossu avec meubles luxueux mais devant des rideaux noirs Idriss, le metteur en scène a choisi de faire régner la dérision. Ses grands bourgeois sont visiblement incapables d’incarner les valeurs auxquelles ils sont supposés s’identifier. Geneviève de Presles, bien que sympathique, n’a aucune conscience de la classe (la ‘caste’ disait Montherlant) qu’elle représente, son dévouement ressemble à une obligation mondaine de plus. Coulange est jovial, trivial et plus qu’anecdotique. Les amies, ces « chipies » selon les messieurs exaspérés par la soi-disant superficialité de leurs compagnes, sont des commères manièrées aux interventions plus affligeantes que cocasses. Face à ces êtres quelconques, la stature, la posture et le relent de romantisme forcené du comédien interprêtant Philippe émeuvent.
Théâtre Mouffetard, jusqu’au 26 avril, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 31 11 99