01 mars 2009

Procès en poésie, de Christian Morel de Sarcus

Jouée de 2006 à 2007 au Théâtre La Petite Scène à Paris, la pièce a été reprise au printemps 2008 au Petit Théâtre du Bonheur, lieu montmartrois étonnant à mi-pente d’un escalier qui monte vers le Sacré Cœur. Elle a ensuite tourné en France et en Europe pendant six mois.
Un charmant jeune homme : Lui, comparaît devant une jugesse : Elle. Il est accusé d’écrire de la poésie, démarche que le régime totalitaire de leur pays a décrétée dangereuse et inutile, et encore « désespérante et obscure » . C’est ce qu ‘affirme le magistrat féminin, formatée pour ne rien comprendre à rien . Elle lui rappellera sans cesse qu’à la fin de leur rencontre, il doit obtenir « une certification de conformité » (sic). Son ordinateur une fois allumé, elle interroge le poète en rafales, commente son C.V. et sa situation de famille (il est séparé de sa femme) et l’oblige à lui livrer ses poésies, lui imposant chaque fois un thème ; il doit dire ce que lui inspirent les saisons, l’amour, l’existence, etc. Lui s’exécutant dit aussi les textes des auteurs qui lui parlent, soit Pouchkine, Sava Némanjic, poète serbe, ou encore Soljénitsyne.
Prenant d’abord son temps, lit et vit ce qu’il a aimé ou continue d’aimer puis nous convie à une trentaine de ses propres poèmes. S’il « flotte à la surface des choses », néanmoins il aime « les saisons à l’envers, écrivant, vivant, dans un ordre très personnel ». Elle, compulsant ses dossiers, agressive et butée, crache ses questions, puis fait mine de s’apitoyer. Le harcelant presque, elle l’enjoint d’aborder des thèmes soit plus tristes soit plus gais et finit par lui demander ce qu’il a écrit sur elle. Il s’énerve, se lève, s’assoit, se relève, arpente la scène. Mais ses textes flamboyants sont chargés d’images superbes et son écriture somptueuse sidère. Enfin congédié par la ‘dame-juge’ puisque la ‘condamnation suivante’ s’annonce, il sort. Mais le feuillet sur lequel il a écrit un dernier poème a glissé à terre. Elle le ramasse, le lit et semble troublée une seconde : « une femme seule, c’est un arbre mort dans la forêt ».
Ce spectacle étonnant à la mise en scène résolument minimale et dont on sort troublé est interprété par l’auteur et Marie Moes. Lui a une présence rare, une voix musicale et poignante. Elle, belle, inaccessible et raide est exaspérante à souhait.
Ce spectacle, ‘Evènement’ du Printemps des poètes 2008, sera repris prochainement dans une salle à déterminer.