12 avril 2009

Britannicus, de Racine

Mise en scène : Jean-Louis Martin-Barbaz
Le metteur en scène est ce professeur d’art dramatique, formateur d’acteurs, entre autres et plus encore à qui l’on doit tant d’initiatives et de créations. Il nous re-monte cette pièce de Racine qu’il aime tant. Sur fond de panneaux en métal avec quadrillages pour cages au travers desquelles on ne voit que trop bien ce qui se passe derrière, que les comédiens déplacent, replacent, votre Agrippine, épouse et mère abusive est insoutenablement là, proposant ou plutôt débitant un long monologue préliminaire plus qu’explicatif. En 2003 au Théâtre Silvia Monfort, Régis Santon en avait fait une bourgeoise larguée et titubant, une flasque d’alcool à la main. La sienne vous assène son monologue initial où toutes les syllab-(eu)-es sont plus qu’au rendez-vous. D’où déjà une certaine lourdeur, mais les amoureux des vers raciniens jubilent, paraît-il. On a vite l’impression de flotter à l’intérieur d’un monde où les personnages sont coincés entre une certaine hardiesse et une espèce de mollassonnerie. La hardiesse c’est celle du parti pris du metteur en scène qui fait de ses jeunes hommes, à peu d’exceptions près, des post-adolescents en chemises, chaussures et pantalons impeccablement blancs, certains torses nus, plus qu alléchants à peine ambigus et qui se vautreront sur un grand lit central pour se livrer ensuite à une bataille de coussins pour mômes prolongés. Mollassonneries ? Soit ces plongées récurrentes dans un univers piégé par des fantasmes plus qu’ hyper-répertoriés de nos jours. Néron, ce ‘monstre naissant’ navigue probablement dedans et avant de convoiter Junie (en nuisette sexy au début, tandis qu’Albine, confidente d’Agrippine, arbore un pantalon style cabaret pour femmes ) destinée à son rival, Néron, ce futur empereur a mené une vie de sale gosse à la sexualité aussi exploratoire que débridée pour futur potentat, de ceux dont on sait …air archi-connu. On demeure perplexe : qu’est-ce qui, dans Britannicus, fait fantasmer les metteurs en scène au point de les faire opter si souvent pour des relectures? Vos comédiens et comédiennes vêtus ou de noir ou de blanc sont parfaitement efficaces, Junie est attachante, Burrhus, garde du corps de Néron et Narcisse, son majordome, tirent leur épingle du jeu. Et le message passe : le désir de pouvoir prend en otage les êtres qu’il a ciblés, qu’il aliène d’abord, puis fait piétiner un temps et finalement amène à vouloir écrabouiller les autres. Un tel cycle une fois complété, combien d’entre eux s’anéantiront-ils, combien d’autres s’en sortiront-ils ?
Théâtre 14, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16 h. Réservations : 01 45 45 49 77