20 avril 2009

Les petits jours, de Robert Poudérou

Depuis 1971, près de soixante-dix pièces de cet auteur, abordant quasiment tous les genres, ont été jouées à Paris, en province et à l’étranger (Allemagne, Sénégal, Portugal, Belgique, Japon, Pologne, Italie… entre autres) Une quarantaine ont été publiées, et une trentaine diffusées sur France-Culture, France-Inter , France-Bleue et la Radio Suisse-Romande. Mais Robert Poudérou est aussi romancier, et les Editions Mokeddem ont décidé de re-publier ses « Petits Jours » , œuvre de jeunesse qui pourrait aussi être portée au théâtre avec un rare bonheur, mais jugez-en…
Roman « petite forme »mais parfaitement formaté : 16 chapitres, 16 coups comme pour un jeu de hasard ou d’adresse. Mais ici nul hasard, même si n’envisageant pas la suite des évênements, Germain et les autres s’en vont parfois le nez au vent. L’adresse est celle de l’auteur, ce mystificateur qui les fait retomber où il veut et nous sur nos pieds, clignant des yeux, ravis.
Germain, la trentaine pleine d’appréhension devant le vide d’une existence trop réglée, pointe au bureau. Rentré chez lui, il s’adonne à l’écriture. Conscient qu’il « aime sa liberté et ne peut prendre aucune femme en charge » il est pourtant marié depuis cinq ans avec Lucie. Elle, employée dans une boutique, retrouve au restaurant après son travail un « ami » qui écrit, lui aussi. Il lui dit qu’il aimerait la distribuer, elle cette « petite bourgeoise », dans le rôle d’une Muriel qui se laisserait aller à l’amour avec un homme sur une plage. Elle trouve « commode pour un homme d’avoir deux femmes en une seule » et avoue à son confident que dans le métro elle vient de croiser le regard d’un Noir et en a été troublée. Jeanne, brune aux yeux verts, nièce du sous-directeur de Germain travaille dans le même bureau que lui et le reluque. Elle ne se mêle pas aux autres, est impérieuse, du genre qui décide. Elle n’aime pas l’homme qu’elle a épousé mais elle voulait « quelqu’un à détester » . Le manège peut tourner. Bien sûr ce n’est pas aussi simple que ça. Les personnages sont les doubles les uns des autres, chacun étant ou restant dans son monde; il y a un hiatus entre ce qu’ils disent d’eux-mêmes et ce qu’ils sont peut-être vraiment.
Donc l’amitié, le désir, l’amour, la mort et le petit coup de rouge qui évite de trop penser à tout ça. Rencontres, fugues ou vrais départs ? Ca se passe au bistrot, dans la rue ou dans des jardins publics. Mais d’abord au bureau, dans celui du directeur, puis dans l’ascenseur. La routine au boulot, les rapports hiérarchiques, la tentation de l’avancement ou de se singulariser, de prendre part à une grève, avec ce qu’elle suppose de rébellion, même minime ou juvénile. Il y a des échappées en forme de séquences de films, des sauts en avant dans le temps, puis des blancs, des bruits qui sont la vie, même étriquée, des bribes de conversations. Décalages : les partenaires sont heureux mais pas au même moment, la tendresse semble s’installer entre un homme et une femme, surtout quand c’est trop tard. Couples ordinaires qui ne fonctionnent pas ou ne fonctionnent plus. Défilés de petites gens, passants, mendiants, chiens …et puis Paris. Portraits impressionistes comme en pointillé qui se complètent grâce à une observation pointilleuse des choses et des êtres. Les objets sont souvent malicieusement investis de sentiments. Avec en contrepoint le plaisir des choses simples.
Le ton est vif, badin, la narration rapide, cousue de préciosités avec des petits « mots de sagesse » et autres aphorismes facétieux .
Bref, amoureux du théâtre fréquentant les librairies où de vrais rayons lui sont entièrement consacrés, allez y découvrir « Les petits jours » de Robert Poudérou.