07 mai 2009

la lettre, de jean-Luc Jeener

Mise en scène : Jean-Luc Jeener, avec Edith Garraud (la femme) et Robert Marcy (l’homme).
Créée en 1993, avec Geneviève Brunet et Jean Davy dans les rôles de la femme et de l’homme, cette pièce dérange. Son auteur la résume laconiquement et plus que pudiquement par « l’amour triomphe de la mort ». Sur la scène un couple de quinqua-allez-plutôt-sexa-génaires attablés. Elle apporte la soupière, la pose sur la table, l’odeur de la soupe nous envahit. Ils se servent, empoignent leurs cuillères. Très vite nous avons l’impression d’être conviés à partager l’intimité de nos grands ou arrière-grands-parents. C’est réaliste, à la limite indiscret, mais tellement vrai. L’exaspération mutuelle d’un vieux couple. Elle agacée « tu me serines ça depuis deux ans ». Et Lui, porté à faire des bilans commente, émet des jugements sans aucun appel et pense évidemment « elle ferait mieux de se taire ». Vous avez dit incommunicabilité ? Il parle encore et encore, s’écoute parler, pérore. Elle de plus en plus exaspérée. Nous sommes en 1943 dans un village de la France profonde. Lui et Elle attendent des nouvelles de leur fils, très jeune ‘engagé’ dont ils sont si fiers. Et ça repart : le vieux monsieur un peu gaga re-pérore, tente de ré-analyser la situation selon les nouvelles - vraies ou fausses - qui leur parviennent. « Il y a des enfants qui dénoncent leur père »… « Il est vrai qu’on fusille les résistants »… « Gagner la guerre ! ». On sonne à la porte, une lettre leur est remise . C’est celle de leur fils, autre Guy Môquet. Arrêté, il va être exécuté dans les heures, voire les minutes qui suivent pour que l’honneur de la patrie soit sauf. Il va mourir fier et heureux , remerciant ses parents de l’avoir mis au monde. Edith Garraud et Robert Marcy, ces comédiens tout en sobriété, tout en intériorité et intensité habitent vraiment la pièce et nous la font aimer. Infiniment.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 4 octobre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75