15 mai 2009

l'écornifleur de Jules Renard

D’abord un joli mot français qui désigne un pique-assiette, un « mangeur de dîner ». Puis l’auteur de Poil de carotte , mais aussi d’un des plus célèbres journaux littéraires, comparable à celui des Goncourt. Et ce délicieux roman de la Belle époque avec des jeunes gens comme toujours désargentés, des dames qui ont des principes, des désirs et des chutes, enfin des maris à la vue basse, qu’une remarquable adaptation de Marion Bierry propose à la scène du Labruyère.
L’intrigue est simplette : Henri, poétaillon sans talent et sans courage décide de parasiter un couple de bons bourgeois Son programme ? endormir le bonhomme, séduire la dame et souper régulièrement à cette table d’hôte où gîte et couvert sont à portée de main. Le trio partira à la mer, près de Dieppe, une nièce s’ajoutant sera séduite et abandonnée et l’on se donnera rendez-vous en septembre pour une consommation d’adultère dans les règles.
La langue de Renard est vive, drôle, méchante, le mot touche et l’on rit souvent du cynisme triste de ce jeune homme fatigué, pauvre et modeste dans ses ambitions, à la lyre distendue, des vertus jetables de la brave dame, de la bonne tête à bois du monsieur convenable.
Qui n’a connu un écrivaillon qui s’enroule au pied de table dans ces dîners parisiens où l’on ne peut sans déchoir ne parler que de la crise boursière sans une faible caution artistique, qui mange goulûment une fois dans la semaine ? Le roux et échevelé Hugo Seksig est l’écornifleur avec une jeunesse, une fragilité mais aussi le poids nécessaire à cet homme qui pousse sous le garçon et qui confond par la finesse et la drôlerie triste de son interprétation. Madame Vernet incarnée par l’exquise Sarah Haxaire est délicieusement fêlée comme un Saxe malmené. Les enfants « de » : Lola Zidi et Julien Rochefort, nièce et mari, exécutent leur rôle avec conviction. Quant au décor conçu par Gabriel du Rivau, il est charmant et suranné, comme il faut. Une soirée délicieuse, avec un texte et une troupe d’exception : le parasitage, œuvre d’art !
Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris-IXème. M° Saint Georges. Du mardi au samedi à 21 h. Matinée le samedi à 16h30. Location : 01 48 74 76 99

Christian-Luc Morel