09 juin 2009

La prose du transsibérien, de Blaise Cendrars

La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, de Blaise Cendrars
Mise en scène Balàzs Gera
Ce qui frappe quand on pénètre dans la grande salle de ce théâtre à l’histoire touchante et prestigieuse c’est l’énorme console technique installée dans les derniers rangs. On pressent qu’il faut des adjuvants ou des béquilles à la poésie pour qu’elle nous touche ; que la voix seule, cette première des musiques ne suffira pas et on tremble un peu. Effectivement, après une longue séquence avec effets visuels sidérants sur fond noir, apparaît sous une enveloppe plastique une sorte de roue gigantesque montant jusqu’aux cintres. A l’intérieur, de haut en bas, l’acrobate, le plasticien et le comédien sont perchés, sur les rayons de cet espace virtuel entre des éléments de décor constitués, entre autres, par des bandes de tissu. Ils tournoient sous des lumières inspirées et stupéfiantes, accompagnés de musiques parfaitement assorties aux pérégrinations du poète, parfois par des sons d’une violence rare. Sonorisé ou non, le trio sert amoureusement ou religieusement le texte de Cendrars, cette épopée flamboyante et folle du jeune homme amant de trains qui, avalant les distances, emballent les âmes et ravivent les sensations et les souvenirs de cet écorché vif. Il s’acharne à revivre cette période de sa vie qui a constitué une transition majeure et l’a fait devenir écrivain. Mais à vingt-six ans, il s’accuse d’être un mauvais poète, peut-être parce que, contrairement à ses prédécesseurs et certains de ses contemporains, pour lui un poème ne doit surtout pas exister uniquement selon des formes et des vers contraignants. Il déclare enfin « je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages » puis dit rêver de se retrouver à Montmartre au Lapin à Gilles. Après tant de rencontres et de conquêtes, il souhaite retrouver Jehanne, ‘sa’ petite Jeanne de France. L’équipe de Balàzs Gera s’est donnée à fond dans ce spectacle qui ne ressemble à aucun autre, et dont on sort ébloui. Même si la démarche qui a donné naissance à ce spectacle a volontairement mis de la distance entre les interprètes, le texte, et nous, une fois descendus de leur bulle, aux saluts on découvre sur le plateau des hommes chaleureux en costumes clownesques. Ah bon !

Maison de la Poésie-Paris, du mercredi au samedi à 19 h, dimanche à 15 h. Réservations : 01 44 54 53 00