10 juin 2009

A la vie, de Jean-Louis Milesi

A la vie ! de Jean-Louis Milesi
Adapté du scénario d’A la vie à la mort écrit en 1995 par Jean-Louis Milesi et Robert Guédiguian
Dans les années 90 le chef de l’Etat décrétait que la pauvreté n’était pas une fatalité, qu’il y avait un moyen de s’en sortir, que les SDF seraient toujours des objets de compassion, et que tout serait mis en œuvre pour leur venir en aide, etc. A Marseille dans le quartier de l’Estaque un bar-cabaret le Perroquet vert tenu par Joséfa hôtesse strip-teaseuse et José son mari, est devenu le lieu où se retrouvent le soir et dorment la nuit des membres sans le sou de leur famille. Certains sont sans emploi par choix ou par incapacité d’exercer un métier ; d’autres sont retraités ; le grand-père espagnol qui a autrefois débarqué là parce que fuyant Franco, paralysé, ne quitte pas son fauteuil roulant. La benjamine, charmante Marie-Sol est devenue domestique. Le reste de la tribu compte des couples apparemment solides et d’autres plus précaires parce qu’ uniquement régis par leurs désirs. Mais ce sont les attachantes victimes de vrais sans-cœur. Tous viennent au Perroquet vert partager des nourritures sommaires et boire l’argent qu’ils n’ont plus, quitte à y laisser des ardoises. Ils y rencontrent Otto un Boche typique et ancien légionnaire. La seule faiblesse de ce scénario est qu’il se borne à juxtaposer des personnages au sang chaud et hauts en couleurs, alors qu’il voudrait nous démontrer que la solidarité, le sentiment d’appartenir à un groupe ou une famille, conjurant le désespoir, fait survivre et vivre. La venue d’un enfant dont le père n’est peut-être pas celui qu’on pense et le sacrifice d’un mari qui se supprime pour que sa femme touche son assurance-vie ne feront pas tout sombrer dans le pathos. Même si à la fin tous entonnent un ‘Ay Carmela’ qui voue nous la gorge. Ce qui fait aussi qu’on rit à ce spectacle - parfois pagnolade approximative, où les acteurs ont une ‘ fine pointe’ d’accent marseillais - c’est que cinq hommes et trois femmes se bombardent de formules crues, juteuses et truculentes ou encore énumèrent des considérations prétendument philosophiques mais simplettes pour ne pas dire simplistes. Dans la salle ça trépigne, mais c’est aussi parce que les comédiens sont exceptionnels dans un décor ingénieux et une mise en scène incluant des épisodes débridés et hilarants. Ce soir-là l’équipe de A la vie ! a eu droit à une demi-douzaine de rappels. A juste titre.
Théâtre Mouffetard, du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17 heures et 21 heures, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 43 31 11 99