14 juin 2009

Play Strindberg, de Friedrich Dürrenmat

Il y a d’abord un très aimable théâtre, l’Atalante, péniche amarrée derrière un paquebot, l’ancien Atelier, place Charles Dullin, à Montmartre. Et dans le ventre de cette péniche, au bas d’un escalier, cette salle à la vibration si particulière où l’on offre du théâtre, du bon, du sacré, avec régularité et exigence. Play Strindberg ne déroge pas aux habitudes de la maison.
Dürrenmatt monta cette adaptation de la Danse de Mort d’August Strindberg dans les années soixante, exacerbant la relation conjugale - déjà autopsiée au scalpel par le dramaturge suédois - en imaginant de la mettre en scène sur un ring de boxe . Un arbitre, des coups et des découpages. Le placide Frédéric Boulet qui aboie le mot ‘ round ‘ dans un anglais canin présente les scènes à venir : scènes de ménage, orages, pugilats, et récolte les ‘ chutes’ (d’invisible pellicule). Les deux emmurés vivants du mariage : un vieux militaire apoplectique et boutonné et sa femme , une Bovary empoisonneuse aux cheveux orange se déchiquètent, pour notre bonheur, même si les effets de miroir se révèlent parfois blessants. Brillantissime Philippe Hottier bougon, méchant, mourant et renaissant , atrocement réaliste. Agathe Alexis, lèvres pincées de jouissance sous le voile de veuve, la main déjà crispée pour ramasser la terre à jeter sur le cercueil de son mari. Ne manque à ce couple infernal qu’un cousin de passage, l’élégant et wildien Domnique Boissel, mine flottante se glissant entre les deux esquifs troués et qui nourrira les passions destructrices de ces Boulingrin scandinaves.
La mise en scène d’Alain Alexis-Barsacq, subtile, anatomique, sensible et donc cruelle jette le spectateur dans le trouble nécessaire. On rit : Nous, ces deux assassins de sa « moitié » ? Allons donc ! A voir d’urgence.
Théâtre de l’Atalante, lundi, mercredi à vendredi à 20h30, samedi 19h30, dimanche 17h. Relâche le mardi. Réservations : 01 46 06 11 90
Christian-Luc Morel