20 juillet 2009

Ca bute à Montmartre

« Le retour de Grand-Guignol »
Un genre disparu, ou happé par le cinéma dit d’ »épouvante ».
Un lieu, jadis célèbre, cité Chaptal, devenu le »Théâtre international visuel » d’Emmanuelle Laborit.
Le Grand-Guignol.
Scènes mélodramatiques, fous et folles, membres tronçonnés phantasmes sexuels, vitriolages, fakirs lubriques reviennent rafraîchir l’été de sans frais et d’amputations lorsque tout ne gicle que de gaspachos tièdes et transpire de pieds en tongs.
Le pari génial de Frédéric Jessua remplit la salle du Théâtre Ciné 13.
Et l’on redécouvre combien ce style de théâtre, dont nos grands-parents raffolaient, mérite l’admiration qu’un Antoine ou une Colette lui portait.
Quatre programmes, deux courtes pièces pour les deux premiers, une longue pour les deux autres, présentés en intégrale les samedis et dimanches, en alternance, la semaine réjouissent et réveillent le sadique, le voyeur, le sérieux qui leurre, le docteur m’abuse qui soupirent sous le vernis social. Utile, ce théâtre, libérateur, indispensable, qui montre du sang, sous la peau, ce sang qui coule tellement qu’il étanche notre soif.
Et quels acteur ! Beaux, jeunes, brillants, inquiétants, diablement efficaces et rompus à leur art.
La mise en scène est baroque, les effets étonnants. Aucun temps mort, si j’ose dire. Une mécanique précise. Tout cela est dirigé, maîtrisé. C’est un hommage autant qu’une récréation. Compliment aux compagnies L’incartade et Acte 6 !
Quant aux pièces, rien de mièvre, des dialogues jamais sots et la talent des comédiens qui appuient, délient, suggèrent ou tronçonne s’il le faut.
Le programme « Adultère & Possession » est le plus classique, avec des pièces de 1919 et 1929. « Vengeance et Vitriol » impressionne beaucoup, à la limite du supportable (c’est donc un des plus réussis). « Chiens écrasés » est une création actuelle « grand-guignolesque » qui a ses mérites et séduira les plus jeunes. Enfin »Perversion& mutilations » présente une pièce des années vingt ayant pour cadre une pensionnat huppé enfiévré par l’hystérie.
Que choisir ? Tout en intégrale ou par injection. Un passeport permet de tout voir.
Chacun a eu l’impression, hier, que l’aventure ne s’arrêterait pas là et que le »Grand Guignol » sortait de sa tombe.
Enfin tout le monde parle de ça, des gens annulent leurs vacances, d’autres leur divorce, on enregistre une baisse des malles sanglantes à la consigne de la gare de Lyon.
Ajoutons que ce théâtre est le plus confortable de Paris avec se canapés plongeants. Rouge sang…
Faire-part !

Christian-Luc Morel

Théâtre Ciné 13, 1 avenue Junot, 75018 Paris. Réservation : 01 42 54 15 12. En alternance jusqu’au 29 août.