16 juillet 2009

Le terrier, de Rémi de Vos

Une production de la Compagnie de la Traverse
Un bruit de plume qui crisse…ou d’animal qui gratte dans le mur. Et un homme seul, entre feux âges, qui explique, qui met de l’ordre.
Tout l’univers du Pragois tourmenté, du promeneur méthodique du pont Saint Charles jaillit du soupirail dans ce texte de fin de vie, publié contre ses vœux après sa mort ?
Le texte oppressant, construit comme une galerie souterraine avec plans parfois échappés donne à sourire car qui n’a connu un épisode-terrier où la réclusion, l’élucidation, la procédure, faussement, paraissaient alors une médecine contre le chaos de la vie, le bruit vain, l’absurde traité par l’absurde ?
L’acteur inspiré, emmailloté dans sa folie, enroulé dans les barbelés de la logique et de la précision, d’une parfaite élocution de maniaque, c’est Hervé Petit ; lumineux, rigoureux, médiumnique, indispensable guide à lame-torche pour visiter ces catacombes de l’esprit humain, ce phantasme de la perfection, cette inquiétude de la vie qui n’a que faire de l’homme et de sa recherche de calme…et de mort.
La mise en scène, diaboliquement sinueuse, conçue par Antoine Roux, coule comme une rivière souterraine, porte la barque, la fait tanguer, l’éclaire de reflets sinistres.
Le silence, dans le préau du Collège de la Salle, ressemble à une écoute du silence. Et tout bruit dérange, son propre battement de cœur, un rire nerveux que l’on ne peut contenir, et lme bruit de plume qui crisse d’animal qui gratte dans le mur et ignore nos plans.
Cette promenade ténébreuse est un des spectacles les plus aboutis du Festival ‘Off’ (c’est curieux combien ce vilain mot franglais fais penser à l’abréviation d’officiel) qu’il faut avoir vu ; un sur mille celui-là, belle rareté, pépite du tamis.

Christian-Luc Morel

Préau du Collège de la Salle, Avignon, à 14h20 précises jusqu’au 31 juillet