25 juillet 2009

L'école des veuves, de Jean Cocteau

L’école des veuves, de Jean Cocteau
(Mise en scène de Dejan Ilic)
…Ou plutôt d’après Jean Cocteau car le metteur en scène s’est permis d’ajouter un prologue à peine digne d’un café-théâtre pour public complaisant et de province (pardon « de région ») du genre couples qui viennent de dîner grassement à plusieurs pour célébrer leur rencontre dans un club du quatrième âge où les activités consistent à se faire friser les cheveux pour ces dames, masser (et quoi d’autre encore ?) pour ces messieurs, ou alors à se faire trimballer à la saison dite morte en Méditerranée sur des paquebots dont ils ne débarquent que pour ne surtout pas écouter ce que les guides racontent à propos des ruines, statues et arcs de triomphe romains ou pas. Or ironie, Cocteau a écrit sa pièce (dont on n’entendra surtout pas le texte) à partir d’un texte de Pétrone.
Un prince vient de défunter et sa veuve se croit obligée de le suivre dans la mort. Par Jupiter comme c’est noblement solidaire ! La jeune princesse a une servante-confidente qui devrait l’accompagner et donc s’ôter la vie avec elle par fidélité et sens de l’honneur. Mais la suivante n’en a aucune envie et réconciliera sa maîtresse avec l’existence en la convaincant d’en jouir, au propre et au figuré.
Un monsieur très gras genre Carlos mais qui hurle et aboie face aux spectateurs joue les chauffeurs de salle ( il est vrai que l’Essaïon est une cave frigidaire) et inflige aux spectateurs un prologue interminable et consternant n’ayant rien à voir avec la pièce. Mais ce sera lui, gardien du tombeau du prince, qui offrira ses services aux dames quand elles se remettront à frétiller du popotin. L’une d’elles, la servante, à la voix hystérique mâchouille du chewing-gum, bouche à l’allure de gouffre (comme c’est érotique !) pendant la trop longue heure et quelque que dure ce zigouillage. L’autre, la princesse, minaudant donne l’impression que Cocteau est un bavard et un philosophe de pacotille.
Un des soi-disants coups de génie de la mise en scène ? la projection de séquences de films felliniens ou dus à des cinéastes de l’ex-Yougoslavie avec musiques du même métal. On rit quelques minutes parce qu’on n’en peut plus mais très vite on regarde à nouveau ses chaussures et on attend la fin de cette pantalonnade de goût douteux. Mon Dieu, cher Cocteau, dont on célèbre ce mois-ci l’anniversaire de naissance et qui reposez dans votre si jolie chapelle d’Ile-de-France, que vous dire ? vous demander pardon pour ces énergumènes qui depuis des mois attirent les gens au Marais de Paris et les autres dans ce guet-apens gargouillant ! vous demander pardon d’avoir été un soir parmi ceux-là parce que, naïf, on n’aurait pas pu imaginer une telle mascarade et une pareille trahison !
Théâtre Essaïon, du mercredi au samedi à 20h . Réservations : 01 42 78 46 42