16 juillet 2009

Projection privée, de Rémi de Vos

Sorte d’extension salonnière de « Cuisine & dépendances », la pièce de Rémi De Vos nous entraîne dans l’univers « impitoyââââble » de la télé :’implosion et odeur de « soap »
Une femme en peignoir affalée sur son canapé ingurgite par les yeux la guimauve de feuilletons américains mal traduits. Son mari a ramené une fille pêchée dans un bar, qu’il va consommer dans la chambre à coucher conjugale (libre puisque la dame de la maison vit sur son canapé). Dans la fournaise sudiste, cette production picardo-nordiste- les acteurs venant d’entre Creil et Beauvais, Montataire, Oise, loin de Dallas, Texas - et dont l’auteur porte un beau nom flamand rafraîchit, amuse, divertit et brocarde les « dépendants graves » à cette machine à laver le cerveau dont le tambour essore toute la sainte journée. Le choix de l’écoute en continu d’extraits de séries finit par exaspérer ; c’est efficace ! tout comme les jingles - de jungle ? - de publicité et l’on jetterait bien un pavé dans cette damnée machine que de nombreux cafés ont réinstallée sur leurs murs pour le malheur de la conversation et l’abrutissement des masses. Heureusement la fin est tragique-comique- mais il y a aussi malheureusement des télés – t’es laid !- en prison.
Petit spectacle sans prétention d’écriture, cette fable divertissante est jouée avec conviction ; la scène - drôle- où la ménagère de moins de cinquante ans raconte un épisode des « Feux de l’amour »donne envie d’emmener ce meuble bavard… à la décharge.
Question philosophique : qui va payer l’addiction ?
Christian-Luc Morel
Espace Alaya, Avignon jusqu’au 31 juillet à 16h40