04 août 2009

Don Juan satisfait, d'Itkine

Don Juan satisfait, de Sylvain Itkine
« Seul, je me suis simplement promené dans des forêts d’arbres morts », écrivait le poète.
C’est dans ce décor, après avoir tout brûlé, et d’abord lui-même, que Don Juan revient, flanqué de son fidèle Sganarelle. Mendoza les a-t-elle oubliés ? Que sont devenues ces femmes séduites…et abandonnées ?
La pièce d’Ibkine, ce russe foudroyé, surprend par l’éclairage nouveau de ce personnage mythique et inconnu dans ses profondeurs. Don Juan, humain, fébrile, ravageur, vient dire son fait à la médiocrité, aux fausses amours, à l’habitude. Il revient pour dire à la Femme : qu’as-tu fait de ton feu ?
Et si le valet retrouve son épouse toujours belle et prête à l’encore aimer même s’il éprouve des doutes sur sa fidélité, le maître, qui a tué leur fils pour se venger de lui, ne découvre qu’une folle errante, résignée ou soupirante, dont l’or et la position avantageuse servent de brûle-souvenirs.
Le texte, magnifique dans les harangues - contre l’infanticide, contre la compromission - s’épuise parfois dans les redites, dans des envolées capées, des gémissements et des démonstrations-gigognes.
Mais la mise en scène de Céline Bédéneau, implacable perfectionniste, bande toute l’énergie de comédiens tout également inspirés et fanatiques.
Aurélien Bédéneau, qui devra bien, un jour, être volé par une Comédie Française dans une bonne période, compose un magistral, frêle, violent, indigné Don Juan, réinventant le héros avec une insolence de presque enfant . Retenir ce nom.
Auprès de lui, Valentin Terrer : Sganarelle sensible et facétieux, toujours excellent, Ronit Cohen belle comme Françoise Fabian et Marie-José Nat, incarnant une noble et émouvante Conchita, Muriel Adam, ici bien distribuée à côté de belles dames dont il faudrait donner le nom à chaque représentation. Pas de fausses notes.
Et à un moment, au faîte de la pièce, avec Bédéneau, cette certitude d’assister au meilleur de ce qui était donné, cette nuit-là, dans un théâtre, à Paris..

Christian Morel de Sarcus
Théâtre du Nord-Ouest, en alternance jusqu’au 28 septembre. Réservations : 01 47 70 32 75