24 août 2009

J'me sens pas belle, de Bernard Jeanjean

« Petite comédie contemporaine, typique du début du XXIème siècle, juste avant la séparation définitive des sexes. La vie conjugale et la fidélité sont en voie de disparition mais l’amour physique, vestige de ces conceptions, est encore pratiqué, sous protection, comme preuve d’attrait réciproque. »
Ainsi résumera-t-on, si l’on va encore au théâtre dans cent ans, cette pièce vive et acide.
Fanny est une petite secrétaire, un physique de métro, passant probablement du baladeur au portable, et du portable au magazine-guimauve, qui fait réchauffer du surgelé, regarde des DVD, glisse sur Internet, rêve d’amours « meetics » et renouvelle sa collection de capotes, au cas où . Dans cet antre de romantisme et d’idéal, arrive un collègue, bon « beauf » de province, prince charmant de cantine, troubadour de machine à café, et mâle potentiellement aguichable. Il a un CD à faire écouter, un train à prendre, une sœur hystérique à calmer ; la partie est rude pour l’amante. Mais elle ruse, intrigue, séduit et fuit, comme toujours. Se laissera-t-elle sauvagement couvrir par le loup en costume ?
Remarquablement interprétée ce jour-là (il y a alternance de comédiens) par Laurent Maurel superbe tête à la Laurent Mallet (pour ceux qui se souviennent !) qui arrive à s’enlaidir, se contorsionner pour donner vie à ce brave type, ce Breton au cœur tendre, d’une patience d’ange face à une Mélodie Parcq déchaînée, tête à claques d’hygiaphone, affreuse gamine allumeuse et réfrigérante, constamment habitée par son rôle, et chantant très bien, la pièce, brillamment mise en scène par Jade Duviquet, se déroule en scènes loufoques de clic-clac, de micro-ondes, de textos, tout le bric-à-brac de la non-vie, tout le pesant attirail de trentenaires désemparés, rescapés du féminisme, de l’avortement, du divorce parental, de la consommation, du jetable, et qui s’accrochent à l’Hâmoûr pour ne pas couler dans la mélasse. Succulent, amer ; plus vrais que vrai : « Y’a pas d’souci ! »

Christian-Luc Morel

La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris-XVIIIème. Du jeudi au samedi à 21 heures, dimanche à 17heures. Réservations : 01 42 33 42 03