07 août 2009

Le jour de l'italienne

Le jour de l’italienne, de Sophie Lecarpentier, d’après Marivaux
La construction d’un paquebot.
Dès la première réunion des ingénieurs au lancement de la bouteille de champagne qui se doit d’exploser et non de rebondir.
Monter une pièce ressemble à la construction d’un paquebot.
L’idée, brillante, de Sophie Lecarpentier : emplir de clandestins une salle vide de répétition, afin de tout voir et de tout savoir. La mode est aux cages de verre et à l’observation des poissons rouges, humains, faux humains, qui s’y ébattent.
Quoi, cette lecture hésitante, ces comédiens sortis du métro, ce metteur en scène déjà exténué, ces remarques incultes…tout cela pourrait donner…une œuvre d’art ?
Oui, avec du travail, de la méthode, beaucoup de patience et des répétitions, des italiennes.
Mais ce n’est pas gagné. La pièce ‘dans la pièce’est féroce.
Tel acteur a un discours marxo et brothers, issu de quelque M.J.C . demeurée ouverte, les costumes sont de Donald Cardwell, les lumières évoquent encore la piste d’une discothèque à Châteauroux tandis que chacun est persuadé de « tirer » la pièce à soi tout seul et de tirer la couverture en attendant.
La malheureuse régisseuse, hystérique, passe, en registre vocal de Josée Dayan à Jane Birkin, remet d’aplomb l’actrice « moche » à qui l’on a fait jouer les vieilles, le bellâtre en mal d’incarnation, la bobo godiche qui découvre qu’elle a cinq cent mots de vocabulaire.
On rit beaucoup, on est ému, la musique est belle et le travail avance, et Marivaux, là-haut, reprend espoir et leur jette un peu de grâce, comme une rosée.
Mention spéciale à Sophie Lecarpentier pour l’idée de cette pièce déjà « culte » et son jeu drôle et juste et à Xavier Clion (excellent Horace dans l’ « Ecole des femmes » au Théâtre du Nord-Ouest) qui distille avec élégance son charme de jeune premier.

Christian-Luc Morel

Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 21 heures et le samedi également à 19 heures. Réservations : 01 44 53 88 88. Jusqu’au 8 septembre.