14 août 2009

Le mariage de Figaro, de Beaumarchais

Le plateau est recouvert d’un tissu blanc et une demi-douzaine de paravents ressemblant à des portes-fenêtres, blancs eux aussi, sont disposés dessus. Figaro en tenue décontractée , genre siècle dernier, voyez ses chaussures de sport, est du genre pragmatique et opérationnel. Sa Suzanne, crevette avec cheveux en couettes, dans une espèce de nuisette, gigote, cavale sur scène et ne cesse de grimacer et de faire une bouche en cul de poule . Donc Figaro et Suzanne sont au bord d’être mariés. Mais le Comte Almaviva, leur employeur commun, lequel enfin uni à sa dulcinée Rosine (voyez votre Barbier de Séville) a toujours eu envie et besoin de déniaiser des belles tous azimuts. Ce Don Juan est émoustillé par la promise de son ‘collaborateur’ Vous connaissez la suite. Cette version du Mariage devenu pantalonnade, guignolade ressemble à un dessin animé, à un programme télé grotesque.
Pourtant la pièce ne sombre pas car les comédiens se sont parfaitement approprié le texte ; ce que nous dit cet auteur acerbe, lucide et cynique est au rendez-vous.
Mais tous gesticulent, dansottent, caracolent, sautent en l’air et adoptent des postures de boxeurs. Ils se soufflettent et envoyés au tapis, ils se mettent à ramper . Beaumarchais avait choisi des didascalies de ce genre, mais ici les comédiens en font des tonnes .
L’autre ennui c’est que les rapports entre le Comte et Figaro ne sont surtout pas ceux, grinçants, de jeunes gens de castes différentes, du genre irréconciliables, mais plutôt ceux d’anciens potaches complices et en goguette permanente. Le côté insultant pour les domestiques du droit de cuissage de leur maître est passé à la trappe, plus rien n’ayant d’ailleurs d’importance. Dans cette pièce à la construction étrange la référence à un inceste oedipien (soit le mariage envisagé de Figaro avec Marcelline dont il ignore qu’elle est sa mère) qui devait mettre mal à l’aise, devient ici un gag de plus. Quant au fameux monologue de l’acte V, long et dense où Figaro, désabusé ; raconte son parcours de jeune homme jusqu’auboutiste qui l’a mené à devenir à peine mieux que le tailleur de barbe de son gentilhomme d’ employeur… il doit nous suggérer la nécessité d’une révolution pour que les gens de volonté , de courage et de talent soient aussi respectés que ceux qui sont‘nés’ et nantis. Désolé pour monsieur Beaumarchais, mais puisque cocasserie et loufoquerie sont au rendez-vous, que les comédiens mouillent la chemise, que le public unanime est ravi que demande, alors le peuple ?
Le Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30. Jusqu’au 10 octobre.
Réservations : 01 45 44 57 34