05 septembre 2009

Eqwige Feuillère: évocation par Antoinette Guédy

Edwige Feuillère : évocation, par Antoinette Guédy et Eliezer Mellul
donnée au Théâtre du Nord-Ouest en août 2009
A vous de jouer paru en 2001 contient les entretiens accordés par Edwige Feuillère à Jean-Jacques Lafaye, ce journaliste qui était aussi son ami. Antoinette Guédy et Eliezer Mellul, comédiens rares avec chacun un parcours de théâtre et de vie étonnants, ont choisi de nous proposer en lecture des passages de cet enchaînement d’ ’interviews’ ; émouvants mais rien n’y ressemble à ce que ce mot devenu désinvolte, évoque aujourd’hui. Deux voix chaleureuses, modulées, musicales ou intériorisées quand il le faut : Antoinette et Eliezer dialoguent ou conjuguent des propos complices. Surenchérissant, ils nous livrent des passages émouvants, drôles et poétiques des confessions de cette prestigieuse comédienne française témoin du XXème siècle (1908-1998). On est confondu par la hauteur et la profondeur de vues d’Edwige, sa foi en la vie, en l’art, en ce métier qu’elle exerce avec une énergie redoutable : « Le don de nous-mêmes engendre le don des autres, et c’est l’échange » . Mais « Ce n’est pas la vérité qu’on demande à un acteur, c’est une transposition de la vérité ». Elle rend hommage à ses maîtres vénérés, et aux amis à qui elle a tant fait confiance et qu’elle cite tendrement. Une liste qui fait rêver les passionnés de théâtre : Guy Tréjean, Jean Marais, Jean-Louis Barrault, Michel Witold, et aussi Gérard Desarthe. Croyante qui ne renie rien de ses doutes, elle évoque aussi le pape Jean-Paul II qui, étudiant, fut acteur et écrivit des pièces attachantes. Côté dames, comédiennes ou femmes metteurs en scène, Berthe Bovy côtoie Ariane Mnouchkine et Nina Companeez. Les grandes actrices pour elle sont Fanny Ardant, Anna Magnani, Maria Schell. Et les cantatrices… d’abord la Callas . Qu’ont en commun tous ces gens qu’elle admire et révère? « Jouer c’est un travail » mais : « Le danger pour tout acteur c’est l’assurance de soi » . Elle est aussi d’une lucidité confondante : « Ma vie a été belle , pleine, avec beaucoup d’erreurs, beaucoup de mauvais choix…oui, toute ma vie j’ai été quelqu’un d’autre… Non, je ne suis pas unique…ma sauvagerie… je suis un être très timide… il y a en moi un désir de perfection ». « Non, je n’aimerais pas être oubliée. Cela me fait plaisir d’être reconnue » .Quand Antoinette nous prend à témoin, elle ressemble à Edwige : comprenez présence lumineuse avec ce regard qui nous renvoie au meilleur de nous-même. Quand Eliezer lui répond, ou aborde un nouveau chapitre de la vie d’Edwige, voix prenante, il nous trouble tout autant.
Jamais rien dans cette partition ne paraît factice, rien non plus destiné à édifier . Une vraie grâce y règne. « Amour, beauté, poésie, partage » cet idéal de vie est le message ultime que nous dédie Edwige Feuillère ; il ressemble à ce baiser qu’on envoyait autrefois tendrement et voluptueusement à ceux que l’on quittait -mais jamais pour toujours - mains posées sur la bouche , puis s’ouvrant ensuite en un geste d’offrande . Le comédien et la comédienne font une fois encore alterner leurs voix :
« Le théâtre est un divertissement ; l’auteur un messager.
Le mot est quotidien, la parole est divine.
Et s’il ne reste rien, c’est que tout aura été donné. »
Donnée en août 2009 au Théâtre du Nord-Ouest cette lecture nous a procuré une joie intense.