25 septembre 2009

Le chalet de l'horreur de la trouille qui fait peur

de Patricia Levrey
La Comédie de Paris, coincée entre le Moulin-Rouge, le Carrousel de Paris et Eve, ne donne pas dans le cabaret, comme le Casino de Paris, mais et son nom le confesse, dans le comique, le léger, le drôle. L’article défini, ce ‘la’ pour comédie, bien sûr indiquerait, comme ses succès l’attestent, que cette salle devient ‘the’ théâtre des comédies qui roulent.
Le chalet etc. (reprenez votre souffle, c’est long comme un titre de film d’horreur) rappelle les bonnes vieilles pièces d’Au théâtre ce soir (ses vieilles dames à turbans, la sonnerie, les trois coup) mais qu’un Père Noël un peu ordure aurait revisité façon Shining.
Le thème ? à la manière des Dix petits nègres ou du Crime de l’Orient Express qui ont dû marquer Patricia Levrey ; cinq protagonistes mystérieusement invités ensemble se retrouvent coincés dans un chalet perdu, par moins de trente degrés au dessous de zéro. Il y a un politicien véreux, pas clair mais qui trime, une dame légère, un journaliste (Pascal Parmentier), un joueur de poker perdant-perdant (Bertrand Fournel, pathétique) et une inénarrable scoutesse, travaillée par la chair, qui se prétend la soeur de l’hôte absent…au même titre que son antithèse : la dame légère. Qui dit la vérité ? Un ours hurle dans la nuit, les lumières s’éteignent, n’y-a-t-il pas un squelette dans le placard à balais ? Et un scorpion sur la table de chevet ? Et qui est ce nudiste surgelé qui affronte la nuit boréale, vu de la seule cheftaine en rut ? Ah qu’il est laid le dépit de laide…
On rit beaucoup aux élucubrations de la vieille fille, formidable composition d’Isabelle Parsy qui ose parfois des aigus à la Piéplu, bonnet de nuit enflammé de désir, sœur de la Balasko, bas-bleu qui gratte. Le politicien est parfaitement ignoble, veule, trouillard, myope :
remarquable Jean-David Stepler sans oublier la blonde à la voix rauque, pulsion vivante à talons: Christelle Ledroit.
La parodie est drolatique, la mise en scène de Michel Cremades astucieuse : c’est Bibi Fricotin, un gamin sans honte qui s’amuse et nous amuse. Quelle détente !
La fin est très contemporaine, cynique, plausible.
Tout cela est enlevé, bien fait, huilé, du travail de pro et le décor très « pin-pin » donne dans le développement durable et l’horrible chalet, ce qui est de circonstance.
On rit comme à Guignol, et l’on chantonne devant les hystéries hachées de la donzelle. Mon Dieu, que la montagne est laide…
C’est pour rire !

Christian-Luc Morel
La Comédie de Paris, 42 rue Pierre Fontaine, Paris-IXème, dimanche et lundi à 20h30. Réservations : 01 42 81 00 11