12 septembre 2009

Les femmes savantes, de Molière

Vous vous êtes dit : nous avons étudié la pièce en classe de seconde et le prof de français, animateur du « club-théâtre » nous avait, à l’époque, fait apprendre des tirades, pour la soirée de fin d’année. Vous vous dites aussi : mais tant de mises en scène l’ont plombée, reléguée, rendue sinistrissime! Chrysale, père de famille pétochard et velléitaire est terrorisé par les femmes d’une tribu à la tête de laquelle il a été bombardé, mais pourquoi donc ? il aimerait bien la renier pour avoir la paix, et se réfugier dans les souvenirs de ce gandin-gourmet qu’il se vante d’avoir été. Quant aux dames, elles sont terrorisées par son épouse, cette Philaminte ratiocineuse, du genre castratrice ayant loupé sa vocation de mère supérieure pour couvent où les punitions corporelles sont de mises … ou de première académicienne française ou même recteur(e) d’une université ne recueillant que l’élite de l’élite de l’élite...
Vous vous dites: Armande, leur fille écrabouillée par sa mère, va, rêche et sèche, s’étioler après avoir émoustillé Clitandre, ce jeune homme qui reconnaît que le ciel l’a doté d’attributs permettant de perpétuer sa race, et qui n’en rougit pas. Vous vous souvenez aussi : Henriette, sœur d’Armande, fraîche, charmante et spontanée, peut envisager quelque chose avec ce même Clitandre. Pourtant Tante Bélise, qu’aujourd’hui on qualifierait de mythomane, n’est en fait qu’une rigolote, une farfelue qui ne se prend pas au sérieux. Rendu là, vous avez bien progressé et vous n’êtes pas loin d’accéder à la case ‘univers ludique’ d’Arnaud Denis, le « metteur » qui joue un jeune et fringant Trissotin, affreux jo-jo flairant le fric et souriant de toutes ses dents rapaces. Que dire de Vadius, son compère, tout aussi séduisant et d’Ariste, frère de Chrysale, et des autres…
Dire surtout que vous avez ri aux larmes à ce Molière-ci où Jean-Laurent Cochet est Philaminte. Epaisse, Dieu merci, et aux gestes réduits qui nous font, le plus souvent, penser à un cuisinier entoqué qui, entre deux plats déposés sur la margelle entre cuisine et salle à portée des serveurs stylés, se frotte les mains sur l’estomac, voyez diaphragme, lieu où tout se joue, se noue, d’où naît aussi la voix du comédien. Mimiques parfois style Alfred Hitch… Jean-Laurent sidère et ce spectacle mérite mieux qu’un Molière.
Théâtre 14, les mardi, vendredi et samedi à 20h30.- mercredi et jeudi à 19 h - matinée samedi à 16h. Réservations : 01 45 45 49 77