18 octobre 2009

Dom Juan, adapté de Molière par Cyril Le Grix

La précision s’impose, afin de lever toute ambiguïté.
Il s’agit ici d’une version « allégée » - Molière ferait-il grossir ? - de la célèbre pièce, moins la farce, c’est à dire la drôlerie, avec plus de noirceur, c’est à dire de conscience contemporaine.
Cette espièglerie énoncée, la reprise de cette version montée au Théâtre du Nord-Ouest, lors du cycle-culte consacré à Molière, avec une nouvelle scénographie adaptée à la configuration du Mouffetard, constitue un des grands moments de cette rentrée théâtrale.
Parce que Le Grix est un jeune homme intelligent et brillant qui a songé à l’un de nos grands comédiens, Jean-Pierre Bernard, pour incarner un Dom Juan mûr et tourmenté : « Encore vingt ou trente ans de cette vie-là… » et le héros, dans sa folie, ne peut ignorer qu’il y est déjà ! Jean-Pierre Bernard, physique de grand d’Espagne, épée imaginaire à côté, Méphistophélès débonnaire, presque compatissant, invente un personnage, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde dans un tel répertoire. Tour à tour il se travestira en gentilhomme sylvestre, en vieil enfant à cauchemars- la scène de la visite du père est une vraie trouvaille à la Le Grix - en élégant monomane qui ne peut décidément importuner Dieu par des jérémiades insincères de moribond. Le naturel, la force, la densité, la rouerie de ce Dom Juan Bernardin raviront les amateurs, d’autant qu’autour de lui, Sganarelle, interprété par le sensible et truculent Alexandre Mousset, devient un héros romantique que l’indigence aurait poussé à se faire valet et à « gouailler » pour survivre, le contraire de sa nature… et que Catherine Jarrett est une belle comédienne française ; sa diction mériterait que l’on mit majuscule et tiret à ces deux mots-là… vibrante et douloureuse et chrétienne Elvire, si belle. A Carole Schaal et Philippe Fosse, on demande un peu trop (que de rôles, c’est tout juste s’ils ne déchirent pas les billets !) mais ils s’en acquittent talentueusement. Quant au Commandeur, c’est la voix de Laurent Terzieff.
Encore une fois, il ne faudrait pas donner aux théâtres la fâcheuse idée de monter des versions courtes, donc économique et plus accessibles… Une œuvre repose sur l’équilibre d’ascensions et de plaines. Les sommets peuvent aussi créer une sensation d’ennui.
Rien de tout cela dans cette création, délicate et vibrante, servie par la passion des comédiens et la sensibilité de Cyril Le Grix, au service de Molière.
Christian-Luc Morel

Théâtre Mouffetard, du mercredi au samedi à 20 h30, également samedi à 17h.
Matinée : dimanche à 15h. Réservations : 01 433 11 19