12 octobre 2009

Giacomo sur les planches

de et avec Gilbert Ponté
Pour un monsieur ou une dame qui convoque, solitaire, le public pour lui dire : « Je suis drôle », il y a un terme affectueux wall-street English à traduire par « Revue d’un homme seul (ou d’une dame seule). Un peu fiche empoussiérée d’agence matrimoniale…
Avec Giacomo, dangereux récidiviste, maniaque sexuel, il y a sur scène trop de monde et trop d’amour pour un seul cœur.
Il faut d’abord embarquer pour un pays imaginaire. Quelques secondes de surprise. Qu’est-ce que c’est ? Un imitateur, un mime, un fou, un diable de boîte: qui est-ce ?
Un petit garçon d’origine italienne, fruit de l’amour de ses parents, partis gagner leur vie en France.
Nous sommes dans la cour de récréation. Les jeux sont faits. Zorro, c’est le beau, Garcia , le gros, pour Giacomo c’est déjà la lune. Cela tombe bien : nous sommes en 1969 et l’on joue alors à la fusée. Il y a l’ineffable Sandrine, qui gravite autour du cercle masculin, avec son appareil dentaire, petite fille curieuse mais qui a le grand défaut…d’être une fille !
Et, de saut de ballon à saute-mouton, l’on entre dans l’appartement familial. La mère se désespère de Giacomo, qui s’intéresse au théâtre, à cause de la fête de fin d’année, papa se repose du chantier, maman prie, papa blasphème gentiment, juste pour l’ennuyer. Et puis il y l’oncle ancien de l’« Indo », mutilé et grand lecteur, qui écoute son neveu et lui donne la réplique, et l’on rit des imitations jamais blessantes.
On voit défiler les années soixante par la fenêtre d’une 404 (ou d’une 504 toute neuve).
La meilleure scène : retour de la visite à un appartement « de standing » où se sont élevés de leurs amis (lui, contremaître) maman, soufflée et laquée, effondrée comme le chauffeur-papa, par la distance qui existe désormais avec leurs anciens amis, mais plus encore par cette dévotion au matérialisme qui révèle la mort d’une âme.Leur foi à eux, italiens, parfaitement français, sans renoncement à leur origine, un peu xénophobes de propos (mais chrétiens de comportement) donne l’occasion à Giacomo d’une scène à l’église qui ne choque pas, même s’il chatouille certain saint : le prêtre ainsi n’est pas une caricature : la mère de Giacomo est une femme bien, qui porte les journaux et le fils de notaire, qui peine à faire l’enfant de chœur (Giacomo donne l’exemple) renifle : il l’envoie se moucher ! Tout ceci, ponctué de musiques bien choisies, d’images vidéo, réglé par la mise en scène brillante de Stéphane Aucante.
Tableau d’une immigration amoureuse…d’une France aimée, d’une vocation pour le théâtre et Molière, qu’on doit bien dire, parce que c’est du français, Giacomo est excessif. Cela ne se fait plus cette naïveté, cela ne se fait plus d’émouvoir, on doit peut-être, dans les théâtres, faire…autre chose que du théâtre, non ?
A ma grande honte, je suis sorti heureux. Vite, j’ai repris mon masque de contemporain à qui on ne la fait pas. Je suis sorti dignement du rêve de Giacomo.
Mais soyez prévenus : pour se venger, il reviendra dans les vôtres.
Christian-Luc Morel

La Manufacture des abbesses, 7 rue Véron, Paris XVIIIème. Du jeudi au samedi à 21 heures. Réservations : 01 42 33 42 03