28 octobre 2009

La cruche cassée, d'Heinrich von Kleist

Mise en scène de Thomas Bouvet
Ce spectacle collant apparemment à l’esprit de l’unique farce commise par H.v.K. en rajoute des tonnes, le but étant de la rendre fracassante. Mise en scène aux lumières cruelles et, avant même que tout débute, des bruits insupportables: ça frappe-frappe-frappe contre un mur et le spectateur aux tympans agressés par les décibels sursaute. Ce qui doit faire frétiller Thomas Bouvet ( récompensé par le prix Théâtre 13 des jeunes metteurs en scène 2009) qui a décidé d’aller plus loin que loin dans un enchaînement où s’enchevêtrent dérisions, défoulements destinés à être jubilatoires et autres provocations. Une jeune personne (Eve) vit chez sa mère, veuve (Dame Marthe). Un individu s’est introduit chez elles une nuit dans le but de déflorer la pucelle. Surpris, il s’est sauvé, sautant par la fenêtre et cassant une cruche, métaphorique bien sûr, mais on ne saura jamais s’il a seulement ‘renversé’ Eve. Lieu presque nu et rideaux de fond noirs, la scène est le tribunal où siègent le juge Adam, ses assesseurs, un greffier, mais également un super-juge venu vérifier que la justice fonctionne bien. Dame Marthe, plaignante éplorée mais surtout vociférante, témoigne. Faut-il vous suggérer que ce juge est, en fait, le monstre qui cette nuit-là… Tenues effarantes, les torses des comédiens sont recouverts de textiles transparents qui ne laissent rien ignorer de leur plastique non plus que de leurs côtes (d’Adam), autour du cou ils ont des grotesques mini-cravates évoquant des jabots d’avocats. Leurs faces blanches sont maculées de noir et leurs dos parfois tatoués. Jouant la plupart du temps face public, ce qui fait qu’ils n’ont pas de vrais rapports entre eux et que la compréhension du texte en souffre un peu, les voilà qui gigotent soudain sous des lumières infernales. Ils grimacent atrocement ; on pense à Dracula. Dame Brigitte, tante de la jeune fille, dans une robe cascadante, perchée au centre du plateau sur une vertigineuse échelle, affiche des allures de statue de la liberté, on se demande vaguement pourquoi. Les comédiens, véhéments, et les comédiennes, charnelles, ont forcément un punch d’enfer. Leurs performances et le parti-pris de Thomas Bouvet dans sa mise-en-canular d’une œuvre singulière vous tenteraient-ils ?
Créé au Théâtre 13, ce spectacle va, bien sûr, poursuivre sa carrière . Guettez-le.