01 octobre 2009

Quatre pièces , de Georges Feydeau

« La salle du Vieux-Colombier, lieu d’invention ». « La Comédie-Française, compagnie missionnaire ». « Feydeau ou l’esprit français ». « Et quatre pièces dont seule la dernière, Feu la mère de Madame, résonne dans les esprits et les souvenirs ».
Un metteur en scène, Rau, immense glacier helvétique, a écrit chacune de ces phrases sur un petit papier. Les papiers se soulèvent sur une table. De tout ceci faire jaillir un spectacle ?
Car il s’agit de création. Le rideau s’ouvre et se lève, hésite.
Et la folie s’installe. Premier tableau : une femme pianiste qui attend un professeur virtuose. Un monsieur ardent de province qui vient connaître lac cocote parisienne. Erreur de palier.
Et l’amour s’arrêterait à ces détails ?
Second tableau: un homme peste contre les monologues et, seul en scène, monologue.
La progression est parfaite.
Troisième tableau. Deux enfants inventent leur vie future. L’enfance , c’est l’horreur. On y tue ses parents, on pratique l’inceste. On devenir l’ennui à venir. Feydeau, aussi sombre… ?
Dernier tableau : l’horreur conjugale. Les enfant ont grandi. On attend la mort et lorsqu’elle sonne à la porte- sous la forme de l’hilarant valet bien laid joué par Christian Hecq- on se réjouit quand même d’avoir à attendre encore.
Et l’on rit, l’on rit comme il se doit et comme on ne devrait pas.
Le duo mythique de « La Forêt » Laurent Stocker-Anne Kessler, le petit prince teigneux et la jeune fille de verre, mûri, tire cet attelage baroque comme deux chevaux blancs excités à le renverser. Ils regardent un feu où brûlent les voilettes, les boas de plumes, les caleçons et les bretelles coincées dans les armoires : on achève bien Feydeau. Enfin le Feydeau de papa, passé au beurre noir d’une certaine vulgarité de boulevard. Feydeau, ici absurde, désespéré, résigné et incisif, apparaît sous le jet à haute pression d’une langue sans grimace, d’une précision et d’un taillage digne… de la Comédie Française . Les regretteurs éternels n’aimeront pas tout (certes une chanson, bien chantée par Léonie Simagra, en langue unique Wall Street English est incongrue au Français) mais ceux qui aiment aimer se réjouiront et tressailliront - oui, chez Feydeau ! - et savoureront cet opéra humain, très humain.
Si vous n’aimez pas Feydeau, courez voir ce Feydeau. Et si vous l’aimez déjà, vous l’aimerez bien mieux après.

Christian-Luc Morel

Théâtre du Vieux-Colombier - Comédie- Française, jusqu’au 25 octobre. Du mardi au samedi à 20h. mardi également à 19 heures . Dimanche à 16 heures. Réservations : 01 44 39 87 00 et 01 44 39 87 01