10 octobre 2009

Trahisons, de Harold Pinter

traduction Eric Kahane
Mise en scène de Mitch Hooper
Cette pièce de Pinter, traduite par son collaborateur de toujours Eric Kahane date de 1978, soit 18 ans après ce Gardien qui a fait de l’énigmatique et fulgurant dramaturge le phare de la génération de l’après-guerre, que copient aujourd’hui inconsciemment des auteurs de l’âge de ses fils, voire petits-fils. Cela donne des vaudevilles format ‘light’ souvent bâclés, avec personnages sans métaphysique, ni blessures profondes, ni volonté de les analyser pour les surmonter. Seule demeure celle d’aborder un partenaire de plus, forcément éphémère, dont on ne veut surtout pas savoir grand chose. Alors on zappe pour ne pas commencer à penser et parce qu’on ne sait plus tirer les leçons de rien. Souffrir, on a déjà forcément donné, n’est-ce pas ? Le titre originel de la pièce est Betrayal, soit Trahison. Pourquoi avoir ajouté ce ‘s’ du pluriel ? Mais cela c’est l’affaire du duo Pinter-Kahane. La première scène se situe une fois qu’est arrivé à son terme l’imbroglio intellectuel, sentimental et même plus encore, qui a mené Emma ( à la tête d’une galerie et épouse de Robert, éditeur aux choix qu’il croit très serrés) à devenir la maîtresse de Jerry, l’ami de toujours de son mari. Et puis des flash-backs ? Tout va très vite , questions, réponses : « Tu lui as tout dit sur moi ? » « J’étais son meilleur ami ». « Mon mariage est fini ». C’est faussement simple parce qu’avec Pinter on est toujours au-delà des mots. Sur scène des meubles rudimentaires recouverts de draps et qu’on déplace pendant les noirs, mais aussi des espaces ressemblant par lesquels s’échapper grâce à des lumières blanches en arrière-plan. En prime il cette reconstitution d’un voyage à Venise, avec votre serveur à la belle prestance à qui le couple (on ne vous précisera pas lequel) commande des italieneries gouleyantes qu’ils dégustent sur le plateau, et qui nous font saliver. Le tout est remarquablement mené, pas la moindre morte mi-temps . Les comédiens sont décapants, Sacha Petronijevic en tête et ses camarades Alexis Victor et Rodolphe Delalaine. Delphine Lazitout ‘la’ seule femme au milieu d’eux est tendue et intense. On sort du Lucernaire troublé et comblé, et on se dit : «si certaines relations sont faussées, qu’est-ce alors que trahir ceux qu’on aime si ce n’est se trahir soi-même ?» . On replonge alors dans des abîmes de perplexités. Merci à la compagnie DemainOnDéménage de nous proposer ce spectacle détonnant.
Théâtre Le Lucernaire, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 17h.Réservations : 01 45 44 57 34