11 novembre 2009

Donogoo, de Jules Romains

Mise en scène : Jean-Paul Tribout
La compagnie Sea Art de Jean-Paul Tribout s’est donnée pour mission de présenter « un théâtre populaire, humaniste, exigeant, apte à séduire un large public et ayant la volonté d’abolir, en parlant légèrement des choses sérieuses et sérieusement des choses légères, la soi-disant frontière entre théâtre intellectuel et théâtre de divertissement». Une fois de plus il nous offre un feu d’artifice: son Donogoo est d’une fantaisie débridée dans un décor qui est une succession de trouvailles avec, entre autres, des boites noires qui s’ouvrent ou se ferment découvrant des dizaines de paysages et de lieux avec pléthore d’accessoires. Huit comédiens jouent une trentaine de rôles dans ce qui tient du canular, de la bande dessinée, du western et d’une succession de séances de guignol. Mystifications et impostures sont au centre de l’aventure. Ça pétarade sur scène, dans des costumes authentiquement années trente, des lumières séduisantes, sur des musiques d’harmonica exotiques, ponctuées de mots d’esprit et autres réflexions cocasses ou absurdes, puisqu’au fond « est-ce que l’Amérique n’est pas le produit d’une erreur ? »
Au départ de l’intrigue il y a Lamendin, peintre et architecte raté (voyez la référence à un certain Adolf) prêt à se jeter dans le Bassin de la Villette, et qu’un camarade engage à consulter un savant brésilien qui lui redonnera le goût de vivre. Lequel savant le fait ensuite rencontrer Le Trouhadec, éminent géographe, mais qui ne peut plus prétendre à être membre de l’Institut, à cause d’un faux pas : il a écrit un ouvrage très documenté sur la fabuleuse ville sud-américaine de Donogoo-Tanka située près de sables aurifères. Or cette cité n’existe pas. Qu’à cela ne tienne! Lamendin va la faire construire et financer par des banquiers et hommes d’affaires, plus ou moins escrocs, investissant soi-disant à tout va et incitant leurs collègues ou concurrents à faire de même. Si l’on pressent vite ce à quoi tout ça va mener, on a commencé à hoqueter de rire dès les premières répliques et on ne cessera de le faire pendant les presque deux heures que dure ce spectacle-tsunami. Fin de l’aventure avec retour en France de toute la bande… si on ne vous livre pas l’issue de l’expédition sachez que Le Trouhadec deviendra enfin membre de l’Institut. Huit comédiens ‘rares’ et ébouriffants - dont le metteur en scène - vous donnent le vertige. Leur Donogoo est une de ces pièces qu’on a follement envie de revoir aussitôt qu’on a quitté le théâtre.
Théâtre 14, jusqu’au 2 janvier. Mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, matinée samedi à 16 heures. Réservations : 01 45 45 49 77.