08 novembre 2009

Les enfants du soleil, de Maxime Gorki

Le Théâtre 13, sous la direction de Colette Nucci continue à s’imposer comme une scène d’excellence avec un choix de pièces et une sélection de troupes jamais décevantes..
La pièce de Gorki, ce révolutionnaire que Staline flatta tant avant, peut-être, de l’étouffer, surprend par sa proximité contemporaine, sa violence et sa divination.
Un chercheur, oisif occupé, vit au milieu de ses femme, sœur, courtisans, domestiques, seulement prévenu devant le fait humain et social comme le bobo d’aujourd’hui peut l’être devant le clandestin : par le triomphe de la raison, il sera aimé. Or, on le hait assez généralement. La bonne, importunée par ses fumées, sa femme qu’il délaisse, sa sœur souffrante qui s’agace de ses naïvetés et de son indifférence masquée, une veuve, prête à l’adorer mais qui n’existe pas pour lui et ce peuple qui gronde considérant la science comme une des armes d’asservissement du pouvoir bourgeois et qui veut en découdre avec haches, piques et fourches. La traduction d’André Markowicz veut rendre le texte plus accessible avec des trivialités - « mandales » et autres complaisances molles- mais la flamme de Gorki garde sa force originale ( le « traduidu » trahissant déjà tout, donc sus aux « trahictions » pseudo-modernes à vocation paternaliste : « débranche ton i-phone, son, j’tai traduit Chaix-pire en sms !)
Les comédiens sont époustouflants : Vincent Joncquez, hilarant en dadais bobo-autiste, fumeux, fumiste et touchant d’innocence, sa femme l’exquise Alix Poisson, comédienne de très grande classe, Eléonore Joncquez, veuve hystérique mère juive adopteuse et adoratrice, est géniale. Teddy Mells est l’amant transi de la sœur, extraordinaire d’émotion, petit taureau énamouré et écumant et Nathalie Radot, bouleversante est une soeur et chétive amante qui voit clair dans la folie de ces « Enfants du soleil » qui éclaireraient le monde en brûlant la fourmilière de leurs rayons.
Sidney All Mehelleb en artiste et séducteur est moins convaincant; mais le reste de distribution est homogène et les seconds rôles parfaits (Gaël Marhic, Colette Venhard).
La mise en scène de Côme de Bellescize sert le texte sans le trahir. La beauté s’invite ça et là avec l’intuition qu’il n’y a pas de violence sans beauté.
Une pièce audacieuse et corrosive, pernicieuse, scélérate comme une vague au milieu de la mer calme et surtout incroyablement moderne .

Christian-Luc Morel

Théâtre 13, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30.
Réservations : 01 45 88 62 22