08 novembre 2009

L'illusion comique, de Corneille

La célèbre pièce est donnée actuellement au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry.
Coincée entre la rue Robespierre et la rue Marat et reliée au métro par le sylvestre « chemin du théâtre » cette salle programme des créations et des mises en scène qui font parler.
L’histoire d’un père cherchant les secours de la magie pour retrouver un fils disparu, et qui va assister, grâce aux sortilèges du sorcier, au déroulement de la vie de ce garçon - Clindor-, à ses amours avec Isabelle et à sa chute, avec une « chute », précisément, qu’il ne faut pas dévoiler, bouleverse, émeut d’une manière bien différente des tragédies antiques du célèbre auteur.
La mise en scène d’Elisabeth Chailloux, qui monte aussi bien Marivaux qu’une médiatique Marie Ndiaye, allie beauté, mystère (très shakespearienne entrée en matière) et joue les lumières comme d’un soleil qui serait vérité. Toujours quelque abus de musique (surtout de musique anglaise, morsure sur quelques beaux vers) mais c’est une préciosité du temps qui passera.
Les acteurs sont excellents ensemble et certains, séparément, sont sublimes. La révélation : deux femmes, Lyse, la servante amoureuse (une autre pièce) interprétée par la ténébreuse Lara Suyeux et Isabelle, Raphaèle Bouchard qui, hors quelque claque sonore sur le poitrail interprète avec finesse et force une femme-femme, aimante et brûlante, avec une variation du crescendo phénoménale. Les hommes sont également très bons ; le père, sensible François Lequesne, le mage, Malik Faraoune, Matamore – alias Jean-Charles Delaume- en fait un peu trop dans les ridicules aristocratiques (proximité de la rue Marat ?) Adrien Michaux incarne un amant non-aimé style « fils-à-papa-présidentiel » assez drôle dans ses atours « Neuilly-Auteuil-Passy » et va même jusqu’à se travestir, pour une scène un peu faible. Frédéric Cherboeuf, le fils indigne, connaît son métier mais peine à saisir un personnage qu’il charge d’une « contemporanité » si lourde qu’il fléchit. Mais il bouge bien, comme ses camarades.
La fin est une réussite absolue qui emporte l’adhésion . Le public ovationne une qualité et un travail de haut niveau.

Christian-Luc Morel

Théâtre Antoine Vitez à Ivry. Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h , jeudi à 19h. Matinée le dimanche à 16h. Réservations : 01 43 90 11 11.
Jusqu’au 3 décembre