02 novembre 2009

Misérables, adapté du roman de Victor Hugo

Misérables, adapté du roman de Victor Hugo par Philippe Honoré

Une constante au Lucernaire : un texte solide et des comédiens de premier ordre. Voici pourquoi on s’y presse et que l’on en sort (presque) jamais déçu.
Avec Les Misérables, le « solide » ne manque pas : épopée, personnages mythiques, émotions fortes. Il fallait pour incarner cette pièce de « caractères » les interprètes à la hauteur. Le metteur en scène Philippe Person, incarnant lui-même Jean Valjean - Monsieur Madeleine ne s’est pas trompé dans sa distribution.
Anne Priol, petite-fille de Magnani et d’Arletty, dans le tutu de la Massina, révèle des dons de comédie hallucinants, pouvant tout incarner : de l’enfant - garçon ou fille - à la fille du peuple (elle saupoudre tous ses ‘a’ d’accents circonflexes faubouriens). Elle joue chaque seconde, pleure et rit, vibre dans l’obscurité, secoue la nuit comme un manteau, perd des étoiles, les ramasse et bondit sur un fil imaginaire de funambule. Quel talent, quelle grande petite femme !
Face à elle, un Monsieur Loyal du cirque de la vie : Javert, dandy: Emmanuel Barrouyer – un grand à repérer- incarne toute cette ménagerie et plus encore, avec un sens du rythme diabolique, comme s’il perçait le secret de la vitalité de ses personnages. Jamais de masque, mais une intuition jouée sur la scène. Devenant Marius, il rajeunit physiquement et sa gaucherie trouble, mais revoilà Jabert, au bord de l’abîme, que son humanité soudaine pousse au suicide. Il bouge magnifiquement, avec magie, et l’élégance de son phrasé sublime le texte. Le magnifique passage sur la « Lumière » est distribué au public, belle idée.
Un certain mauvais esprit - si appréciable en ces temps de guimauve consensuelle - jaillit même ça et là : le linceul de Cosette…est un drapeau européen. Il y aurait comme une dangereuse sorte d’incitation au réveil moral, à la révolution…à l’amour de la France, grande quand elle est généreuse et généreuse quand elle est elle-même. Ce message patriotique d’Hugo n’a pas été escamoté et c’est là une belle audace.
Ces « Misérables » sont ovationnés par un public bouleversé qui murmure « Admirables ».

Théâtre du Lucernaire. Du mardi au samedi à 20h ( sauf les 6 novembre et 15 décembre) Réservations : 01 45 44 57 34