06 novembre 2009

Que d'espoir, d'Hanok Levin

L’Etoile du Nord, la scène révélatrice - de talents- de Jean Macron, premier tréteau d’auteurs prestigieux (Christian Siméon, Molière 2007, entre autres) continue son œuvre de révélation et d’excellence et il faut ABSOLUMENT la découvrir ou la redécouvrir.
La Compagnie du Matamore, fabuleuse troupe de comédiens inspirés, caravansérail ivre, a planté da tente sur le plateau sombre et allumé ses feux.
Que d’espoir ! présenté comme un « cocktail théâtro-musical-corrosif », se compose de textes, saynètes, poèmes, chants du grand dramaturge israélien Hanok Levin.
Un manège infernal, entraîné par le pédalier d’un jeune homme, symbole du jeune soldat, du fils, de l’immolé qui doit faire tourner ce monde de vieux, à la sueur et au sang, découvre des monstres ordinaires, attirés par le rien, la consommation, les voyages organisés, toutes fadeurs qui donnent à la paix le goût du néant et à la guerre le goût du possible.
Formidable insolence de ce Levin ,qui gémit que cette enfin-patrie, la Terre Promise, s’aligne sur la violence des autres nations et tyrannise, et méprise : scène du partage de la salle de bains, avec une gorgone qui déteste le cousin et l’exile parce qu’il mouille le carrelage en se douchant, mais « veut la paix, la paix ! » et de hurler ce mot comme une louve sanglante.
Pour cette pièce l’auteur devra demander publiquement pardon en 1970 (comme Polanski devrait s’humilier à le faire pour n’ être rien, plus rien, et être ainsi absous par l’annulation).
Dans un cimetière, on enterre par erreur un chameau, qu’on a d’abord pris pour un Arabe, puis pour un gauchiste et puis pour quoi encore ? et un politicard d’ajuster son discours aux circonstances. Le public hurle de rire devant cette vérité dénudée.
De l’émotion, avec un jeune homme qui, en achetant un hot-dog, espère recevoir de l’amour et du sens, mais qui ne recevra… qu’une saucisse chaude.
Humour juif, universel, désespéré, humour de la poésie lorsqu’elle est vraiment désespérée, hors des mots aussi, dans une traduction très inspirée de Laurence Sendrowicz.
Les acteurs forment une si belle troupe, cavaliers de chevaux à langue de bois , sur ce manège désenchanté, qu’il faut tous les citer : Bruno Cadillon, Juliane Corre, Gérard Chabanier, Valérie Durin, Catherine Ferri, Stéphane Méallet, Henri Payet et Elsa Rosenknop.
La musique de Moucha (le film « La vie des autres ») et les lumières surnaturelles de Jean-Louis Martineau, sans oublier les costumes du « Bal des Vampires » d’Anne Rabaron ajoutent à la mise en scène baroque, fellinienne de Serge Lipszyc qui enroule ses comédiens dans le barbelé de mots cisaillant qui les blessent, puis les dénoue, avec cruauté et puis douceur, permettant ces alternances d’émotion, de rire, de fous-rires et de révélations.
Sublime moment de vie et de poésie, de théâtre et d’exception : une réussite totale.

L’Etoile du Nord, 16, rue Georgette Agutte, Paris-XVIIIème Jusqu’au 21 novembre . Du mardi au samedi à 21 heures, matinée à 16 heures le samedi 7 novembre. Rencontre avec la troupe chaque jeudi, à l’issue de la représentation
Réservations : 01 42 26 47 47