09 décembre 2009

Effroyable jardins, de Michel Quint

Effroyables jardins, adapté du roman de Michel Quint
Le Lucernaire continue sa série d’évocations : des Misérables et aussi une Simone de Beauvoir, faisant du théâtre une clairière de l’écho de l’écriture.
Ce ‘seul en scène’ qui n’est pas un soliloque, régi avec finesse par Marcia de Castro, permet de relire et de re-vivre cet étonnant ouvrage de Michel Quint, porté à l’écran avec feu Jacques Villeret, qui n’a pas laissé un souvenir impérissable.
Tout au contraire, le monologue d’André Salzet presse la mémoire d’une enfance et le jus sanguinaire, salé-amer, jaillit et éclabousse.
Un petit garçon a un père très sérieux mais qui fait le clown, occasionnellement. Quelle honte ! Qu’y a t-il de plus sérieux et de plus digne qu’un enfant, si ce n’est l’image qu’il se fait de son père ? Comblé de honte, ce n’est pas un très bon clown. Paroxysme de la malédiction. Tout à coup paraît Gaston, le cousin, qui raconte sa guerre et sa résistance et comment le clown s’est conduit en monsieur et en homme.
L’accent du nord, si à la mode depuis les « Ch’tis » explose dans le récit du sabotage de la gare de Douai. Salzet imite bien. Le monologue laisse la place à une conversation à plusieurs personnages. Un Allemand paraît. Ils risquent la mort. L’Allemand n’est pas un nazi, c’est un homme bon en uniforme vert-de-gris, la mitraillette sans nervosité. Récit. Long, un peu trop long récit, mais récit d’humanité et de possible respect d’autrui.
L’émotion ne quitte jamais le spectacle. Peu d’effets, mais effet garanti.
La tension monte, le comédien tient son public qui halète, puis il le laisse courir et tend de nouveau la corde ; ces vibrations sont palpitantes.
La fin est jolie, peut-être trop. Mais les Français ne sont pas ici traités de collabos…comment ne pas retrouver un oncle, un grand-père à la photographie jaunie sur un buffet de cuisine, dans l’évocation si fine de ces héros sans gloire, de ces courageux naturels, qui peuvent mourir comme des pauvres pour ne pas vivre comme des lâches ?
L’émotion crépite en applaudissements comme un rire nerveux qui cache la larme.
Christian-Luc Morel
Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 24 janvier. Du mardi au samedi à 18h30, dimanche à 15h.Renseignements et réservations : 01 45 44 57 3