28 décembre 2009

LA PARENTHESE, de Laure CHARPENTIER

Dans un des plus jolis théâtres de Paris, bleu et or, où retentissent encore les musiques sucrées d’opérettes, se donnent, année après année, des comédies à se réjouir et à oublier ses peines.
La Parenthèse ne déroge pas à la coutume.
L’argument est éternel et contemporain. L’un aime, l’autre plus, ou plus assez pour ne pas tenter une aventure vitale. Le premier est plus mûr que le second…L’aîné affiche une désinvolture détachée ; l’autre a mauvaise conscience.
Pablo Luna, compositeur épuisé, aime Julien, beau garçon pas trop bête, tenté par la normalité. La normalité dans ces circonstances se doit d’être caricaturale ; Julien va épouser une jeune fille comme il faut, puisqu’il le faut…Eléonore est une aristocrate des beaux quartiers. Pablo encaisse de n’avoir été qu’une « parenthèse » mais pleure dans le giron d’une potesse , Dora, camionneuse au grand cœur : que faire sinon rendre le fuyard jaloux ? Et au besoin, pervertir l’oie blanche pour permettre le retour du Cygne ? Compère et commère se comprennent au quart de tour : « On va casser de l’hétéro ! »
Pablo, c’est Franck de la Personne, comédien rare, d’une sensibilité exacerbée, Néron qui pleure en allumant Rome, Falstaff raffiné aux yeux d’enfant, clown tragique qui rit en avalant ses larmes, il porte la pièce comme le mât du chapiteau du cirque. Cet homme donnerait du relief à la lecture d’une notice pharmaceutique. Il jette de la tragédie dans sa plainte de quarantenaire trahi et rugit lorsque d’aucuns, s’attendant à quelque « cage aux folles », découvrent qu’il est le lion amoureux d’une cage aux fauves. La panthère noire c’est Julien Dassin, atouts en avant et mèche aérodynamique qui campe un très sensible amant voulant « faire une fin » et « se caser ». La cruche, Olivia Luccioni, tentée par la carrière de Grand’mère se sort bien de son rôle convenu.
Un jeune guitariste, appât pour aiguiser la jalousie de la panthère (il y a toujours plus jeune que soi, na ! Tadzio pubère illumine la scène de sa présence solaire : Julien Floreancig.
Enfin, il y a Dora, rôle attribué à l’animatrice de radio-papotage, spécialiste des régimes et de leurs échecs, Sonia Dubois qui aborde le théâtre avec modestie et observe Franck de la Personne pour savoir ce qu’est un comédien qui joue chaque seconde de son rôle. Ses numéros tombent un peu à plat mais elle pourrait se trouver, en continuant d’observer.
Mis en scène adroitement par Dravel et Macé, le texte est vif, alerte, avec parfois des charges poussives contre le catholicisme qui sentent un peu le calotin empêché de jouir et des gros clins d’oeil à l’actualité mais c’est la loi du genre.
Les garçons sont beaux (qui ose aimer est beau) et les dames un peu ternes : c’est donc bien une pièce contemporaine.
La mécanique fonctionne à merveille : on rit, on s’émeut.
Etrange pièce, comique avec un nuage qui passe, dans ce bleu de théâtre…
La Parenthèse a du contenu.
Christian-Luc Morel.
Théâtre Daunou, du mardi au samedi à 20h30. Matinée le samedi à 17h et le dimanche à 15h30.
Location : 01 42 61 69 14. Jusqu’au 28 mars.