21 décembre 2009

La Ronde, d'Arthur Schnitlzer

Adaptation et mise en scène : Marion Bierry
Dix petites séquences et autant de scénarios percutants, sept comédiens et comédiennes, trois jeunes femmes pulpeuses, plus belles que belles qui se dénudent, tour à tour, sous nos yeux et s’allongent, l’une après l’autre sur des tables ou de légers divans sous des lumières ravissantes caressant leurs courbes. Ça tourne, dirait-on vulgairement: ça roule, mais ici aucune vulgarité, parce que tout est nature.
Les dames écartent les cuisses, les messieurs s’enfournent sous leurs jupes. Marion Bierry a un sens insensé du rythme.
Quant à Schnitzler, né en 1862, il n’avait que quatre ans quand Gustave Courbet peignit son ‘Origine du monde’, et puis Freud était leur contemporain.
« Elles » sont des femmes du monde, ou de simples horizontales aux amours tarifées, sans états d’âme, ou encore de charmantes petites jeunes filles qui, rentrant à la maison, le soir, raconteront à leurs parents que revenant du bureau, elles s’y sont efforcées d’être des employées modèles…
Sur scène ces dames s’ébattent avec des partenaires goulus ; ou d’autres qui tentent de jouer les esthètes, les raffinés; voire encore de jeunes officiers à la noblesse peu contestable.
Cependant la pièce a débuté par des bruits fracassants de bombardements style première guerre mondiale.
On prétend qu’à l’époque les valeurs morales étaient partout remises en question, mais à Vienne et dans le reste de l’Autriche, il semble bien que la jouissance était et restait au menu.
Remercions la metteur en scène de nous avoir fait grâce des bâfreries avec mets fumants aux senteurs aussi provocantes qu’alanguissantes et récupératrices, comme cela vient de se pratiquer au théâtre, ces dernières saisons.
L’énergie de Marion Bierry est plus joyeuse, plus détonante et plus aérienne que ce genre-là.
Sur scène des panneaux noirs se déplacent, s’inversent puis disparaissent pour laisser la place à un écran blanc-bleuté, à faire rêver. Un pianiste jouant de son instrument un peu piano-bar est vu de dos. Travelling : de face il deviendra le personnage central, l’Homme, en somme, soit celui qui est de bons sens .
Quant à ses confrères-comédiens distribués dans un nombre de rôles à donner le tournis, ils sont tous aussi impeccables que délicieux.
Spectacle impertinent mais gouleyant, cette Ronde se donne jusqu’au 28 février.
Théâtre de Poche Montparnasse. Du mardi au samedi à 21h. Matinées : samedi à 18h . Réservations : 01 45 48 92 97