14 décembre 2009

Ladies Night, de Collard, Sinclair et Mac Canter

Chacun se souvient de ce grand succès de cinéma « Le Grand Jeu » ou Ze « Full Monty » en version originale, racontant les déboires d’une bande de copains chômeurs du nord de l’Angleterre réduits à s’exhiber sur scène en tenue d’Adam pour retrouver confiance en eux.
La pièce, adaptée, se situe désormais dans le nord de la France, probablement il y a quelques années. (Le franc existe encore et les mineurs devenus chômeurs gardent un peu de jeunesse.) De braves garçons, mariés, démariés ou en passe de l’être, survivent en buvant des bières et se bagarrent avec des marins (les mines ne sont pas tout près de la Mer du Nord, mais quelle importance ?), connaissent les fins de mois anticipées, les restaurants du cœur, la privation, le honte, le mépris du conjoint. L’avenir ? Trop cher.
Une annonce dans le journal met le feu aux poudres. Un spectacle de nu masculin attire des dames qui payent pour glousser entre elles devant des garçons assez détachés.
Pourquoi ne pas leur montrer de « vrais hommes » ni trop beaux, ni trop froids, pourquoi ne pas tenter l’aventure ? Sous l’œil narquois du patron de bar - Michel Voletti - les répétitions commencent et…ce n’est pas gagné ! Une entraîneuse est requise, danseuse au destin brisé, qui va les faire travailler et remporter leur pari.
Prétexte à des scènes hilarantes de gaucherie, de pudeur et d’audace, « Ladies Night » fait rire, bien sûr : incroyable danse des sept voiles d’un Bacchus replet et lubrique (formidable Laurent Mentec) ou d’un vieux ‘blouson-noir’ déglingué (Pascal Aubert). Mais elle fait réfléchir aussi. Manu (Michel Laliberté) campe un père séparé de son enfant bouleversant. Benoît, petit garçon un peu demeuré, émeut et attendrit, tandis que Sacha Petronijevic
( passant de Pinter à cette plutôt farce avec sa densité de comédien sidérant) incarne un être sensible et brisé, mineur privé de mine, homme à la mémoire licenciée, sous des couverts de dur et de rugueux. Marc Diabia (Wes) évolue élégamment en Antillais pétillant d’humour. Quant à la femme, jamais elle ne rembarre (d’une gifle seulement) ces hommes à vif : Marielle Lieber-Claire, délicate et toute d’autorité ne donne pas dans les poses féministes.
La mise en scène de Guylaine Laliberté, jouissive, permet une montée en puissance dosée. Et l’effeuillage final explose en triomphe, en apothéose.
On sait que les dames ont payé deux cent francs (environ 30 euros) pour… Ces épouses de chômeurs pourront-elles revenir voir le spectacle? Et eux, comment pourront-ils gagner leur vie, assurer leur avenir ?
La suite ne le dit pas, mais le libéralisme peut se réjouir: une création d’entreprise a été tentée, même si ses actionnaires ont dû baisser leurs caleçons.Quant à vous futur spectateur, réjouissez-vous sans arrière-pensée, vous passerez une soirée mémorable avec une bande de joyeux drôles au cœur tendre et au talent éclatant.
Christian-Luc Morel
Théâtre Essaïon (www.essaion.com) vendredi et samedi à 21h30. Jusqu’au 27 février . Réservations : 01 42 78 46 42.