03 décembre 2009

Le rossignol de Wittenberg, de Strindberg

«Dieu est mon rempart ».
Le mot de Luther, devenu hymne, a t-il incité Strindberg à sortir, pour une fois, de ce thème qu’il portait comme une tumeur, la haine de l’homme et de la femme ou la «Querelle d’après le Jardin»?
Cette étrange pièce - quelle part le Suédois tourmenté a t-il mis de lui mis dans cette œuvre ? - écrite dans la dernière décennie de son existence, a le mérite d’oser mettre en scène la vie d’un troubleur de quiétude, d’un austère redresseur de torts qui, malgré son influence, demeure un inconnu pour beaucoup (surtout dans un pays catholique.)
L’époque ? Vers Marignan. Le lieu ? L’Allemagne, sombre forêt où sifflent d’étranges oiseaux.
Un moinillon gonflé de foi, d’une bonne volonté naïve, un de ces marcheurs que Dieu protège de sa paume, souffletant les éclairs, découvre que si Rome est toujours dans Rome, elle s’éloigne, selon lui, dangereusement de Jérusalem et du projet céleste.
Les Indulgences? Infamie et trafic . L’autorité papale ? Dans quel verset?
Il y a un drap épais entre le ciel et la terre. Ce drap est brodé, ourlé de croix et d’or, mais il cache la lumière. Avec la force de l’écriture (avec et sans majuscule) Martin Luther placarde les fameuses «Thèses de Wittenberg », flammèches de la Réforme ,que Gutenberg contribuera à étendre, par l’imprimerie nouvelle.
Et provoquera - un peu malgré lui - un réveil spirituel de l’Eglise.
Strindberg admire cet autre «jeteur d’encrier » qui bénéficie de surnaturelles protections et d’un «laissez-vivre» jusque dans l’excommunication. N’a t-il pas reçu, lui aussi, la visite de Satan, par le truchement d’obsessions issues d’une réelle persécution ?
Pour cet opus au grand souffle, il fallait l’adaptation fine et précise de Jean-Dominique Hamel. Et la fervente mise en scène de Nathalie Hamel, qui signe là une parfaite réussite. Sans oublier une pléiade (sa compagnie porte ce nom) de comédiens inspirés. En tête dans le rôle de Luther, Geoffrey Vigier sec, enfantin, brave, tenace a la densité la plus juste de cet enfant têtu. En Faust Valentin Terrer, éblouissant comme toujours , est l’homme qui voudrait croire, tout en étant peut-être ou diable…ou au Diable. Jean-Luc Bouzid, émouvant ami dérouté de Martin, sans oublier Rodolphe Delalaine (le maître de musique Sachs) ou Nicolas Planchais et tous les autres, tous étonnent.
Pièce historique, œuvre pie ou chant de résistance? Le « Rossignol » est tout cela à la fois.
Mais peut-être, par sa singulière dimension épique et spirituelle, une exception de genre : un opéra-cantique.
Christian-Luc Morel
Théâtre du Nord-Ouest, «Intégrale Strindberg ». En alternance jusqu’au 14 février. Dates, renseignements et réservations : 01 47 70 32 75