27 mars 2009

HAIR.

HAIR - Comédie musicale de Ragni, Rado et Mac-Dermot.

La reprise de la célèbrissime comédie musicale, créée à Paris, il y a juste quarante ans, est un des événements théâtraux de ce début d'année.
L'histoire, simple, se résume à la description de la vie d'une "tribu"; l'Aquarius, communauté dominée pae deux jeunes gens, Claude et Berger qui veulent trouver un sens à leur vie et aiment démesurément pour y parvenir. La guerre - celle du Viet-Nam, à l'époque - menace leur bonheur et leur vie-même.
Tout cela est prétexte à musique, chants, dans un esprit de revendication, de lutte, d'émancipation des conventions aveugles, grâce à l'amour, à la fraternité et aux paradis artificiels qui dénudent la réalité officielle.
Après un triomphe à Broadway, en 1968, la pièce avait traversé l'Atlantique pour être montée à Paris, avec Julien Clerc, et connaître un triomphe qui allait s'étendre au monde entier. Qui ne connait des airs tels qu'"Aquarius" ou "Laisse entrer le soleil !" ?
Le pari de redonner cette oeuvre ne paraissait pas aller de soi. L'individualisme, l'indifférence, le cynisme ne règnent-ils pas assez aujourd'hui pour rendre mièvres ces désirs échoués de "Love and peace" d'il y a près d'un demi-siècle ?
Eh bien, cela marche !
Parce qu'il y a un lieu, le Trianon, incroyable paquebot kitsch du boulevard de Rochechouart, une équipe de chanteurs-musiciens beaux, talentueux, vivants, heureux, que le soleil éclaire et une partition superbe qui a traversé le temps avec sa force vitale, demeurée intacte.
Fabien Richard, qui a triomphé dans "Cabaret" ou Laurent Ban, également auteur -"Marlène D." au Lucernaire- ou encore l'exquise Liza Pastor offrent, avec toute la troupe, des instants de bonheur, d'euphorie, de drôlerie, de jeunesse, en un mot.
La mise en scène de Ned Grujic la vivacité, la chorégraphie de Kaney-Duverger a su moderniser sans défigurer.
Le sentiment qui domine, à la sortie, c'est l'envie de vivre vraiment, en laissant entrer le soleil.
Et celui, un peu plus mêlé, que la liberté...ne serait plus ce qu'elle était ?

Théâtre du Trianon, du mardi au samedi à 20h00, à 15h30 le dimanche. Location: 01 44 92 78 04

Christian-Luc Morel

21 mars 2009

Madame Raymonde exagère

Madame Raymonde exagère, de et par Denis d’Arcangelo
A l’accordéon : Le Zèbre, alias Sébastien Mesnil.
Madame Raymonde a été plusieurs fois recyclée depuis que son père ou parrain a créé et imposé dans la rue ce personnage emblématique et empathique. Diseurs et comédiens pouvaient alors faire leur numéro aux terrasses de cafés à la mode en ces bienheureuses années 1980. Denis d’Arcangelo prétend que sa dame souriante et gracieusement minaudante mais à la silhouette imposante s’est quasiment… imposée à lui. Il nous l’a déjà fait aimer, que dire adorer, dans deux de ses précédents spectacles : Madame Raymonde et Madame Raymonde revient. Cette fois-ci, dès le début, entre deux rasades de vin elle nous donne le programme de la soirée, menu où figurent des chansons dont les paroles sont signées Saint Granier, Brigitte Fontaine, Pierre Mac Orlan, Léo Ferré, Philippe Léotard, Allain Leprest mais aussi Charles Aznavour et Bernard Dimey. Cette dame ample au turban affriolant, à gros talons hauts, robe incroyablement vaporeuse et fleurie, sac à main pour reine anglaise est fidèle aux siens. Il a aussi l’audace de récupérer le personnage de l’extravagante, sidérante et imprévisible Amy Winehouse dont la chanson ‘Rehab’ parle d’une désintoxication imposée à une bête de scène qui refuse énergiquement de sortir de ses addictions. Et re-verres de rouge. A l’accordéon son Zèbre est au diapason, l’air joliment absent. Raymonde enchaîne avec des textes de liaison plus ou moins courts, au bon sens renversant, comme improvisés et souvent déconcertants, farfelus et rocambolesques. Comme toujours il y parle de ses congénères, ses collègues, ses confidentes parigotes. Vers la fin son accompagnateur se met à chanter d’une voix d’ange : c’est un moment de grâce et d’étonnement de plus. Raymonde n’en finit pas de sourire. Puis tous deux s’en vont vers le fond main de l’un sur l’épaule de l’autre, chantant l’émouvant Pépère de Bernard Dimey, non sans avoir annoncé que le catapultueux camarade Jean-Claude Dreyfus va leur succéder sur scène. Leur public est une fois de plus ravi et ceux qui les découvrent sont emballés.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h. Réservations : 01 43 66 01 13

La Rosa Blanca, de B. Traven

La Rosa Blanca, tragédie mexicaine, librement inspirée du roman de B.Traven
Mise en scène d’Adel Hakim, avec Maryse Aubert
Le Mexique, le vôtre, le nôtre, cette indispensable charnière entre deux mondes auxquels nous sommes si attachés. Soit encore une comédienne : Maryse Aubert. De bons et subtils éclairages, une mise en espace très travaillée et une bande-son avec mariachis fascinants. Donc une rétrospective et une leçon d’histoire. Mais on est assez vite perplexe ; la comédienne en tenue masculine : pantalon noir, chemise noire et gilet blanc, du genre meneuse de revue raconte l’histoire du Mexique, de ses guerres civiles et autres révolutions accompagnées de tueries, de son pétrole vital et de la puissance des compagnies qui l’exploitent. Elle est péremptoire, démonstrative, fait les demandes et les réponses et on se demande si c’est toujours une vraie bonne idée d’adapter un roman pour en faire un long monologue aussi peu théâtral qui n’accroche pas beaucoup et d’où l’émotion est vite absente. L’auteur (1882 ou 1890?-1969) ‘engagé’, défenseur du prolétariat, etc. est un être énigmatique aux très nombreux pseudonymes et dont le vrai prénom reste inconnu. Probablement d’origine suédoise il est peut-être même né à Chicago. Il aurait vécu en Allemagne, et a écrit dans la langue de ce pays. Follement admiré par les socialistes et anarchistes de l’époque, traduit en une trentaine de langues, sorte de héros national pour les Mexicains, il ne revendiquait pas, semble-t-il, la qualité de dramaturge. Adapter pour la scène La Rosa Blanca paru en 1929 était ambitieux. Le metteur en scène et sa comédienne s’y sont donnés à fond. Après avoir présenté en octobre 2008 Une chambre à soi d’après Virginia Woolf avec la grande Edith Scob, également seule en scène, le théâtre Artistic Athévains récidive. A vous de décider si la démarche n’est pas un peu périlleuse et le résultat moyennement convaincant.
Théâtre Artistic Athévains, mardi 20h, mercredi et jeudi : 19h, vendredi et samedi : 20h30, samedi et dimanche : 16h. Réservations : 01 43 56 38 32

16 mars 2009

L'Exil, d'Henry de Montherlant

L’Exil, d’Henry de Montherlant
Mise en scène : Idriss
Pendant la saison théâtrale 2006 le théâtre du Nord Ouest, lieu parisien d’art et d’essai si singulier a programmé l’intégrale Montherlant et l’une des pièces que nous y avons les plus aimées est l’Exil. Elle est reprise ce printemps au théâtre Mouffetard . Ecrite en 1914, pendant que ses camarades « à peine mes aînés » se battaient, elle fut publiée une quinzaine d’années plus tard en tant que « document sur ce qu’il pouvait y avoir dans la tête d’un jeune homme de dix-huit ans, durant les premiers mois de la guerre ». Depuis leur séjour au collège des ‘bons pères’ Philippe de Presles, 18 ans, a pour meilleur ami Bernard Sénac, 19 ans. Tous deux ont décidé de s’engager. Geneviève, mère de Philippe, veuve depuis huit ans,se dévoue remarquablement à la gestion d’un hôpital auxiliaire recueillant les blessés, mais quand son fils lui fait part de sa décision, elle lui fait un tel chantage au sentiment, invoquant ses responsabilités de fils unique et de soutien de veuve, qu’il renonce à suivre son camarade, sans toutefois lui avouer avoir cédé à la pression de sa mère. La suite est la chronique des états d’âme dans lesquels Philippe se débattra, au milieu de la petite société que constituent Coulange, son oncle maternel, personnage assez falot, et les amies de sa mère qui autour d’une tasse de thé commentent les évènements. Elles s’en prennent au jeune homme dont les répliques à l’emporte-pièce, les boutades, les clichés (« les clichés sont toujours vrais ») les réflexions dogmatiques et contradictoires, ponctuées d’aphorismes et de maximes qu’il traite de « paradoxes de conversation », trahissent son mal-être autant que ses frustrations. Pêle-mêle il déclare être resté un enfant, avoir du mépris pour lui-même, mais surtout avoir été exilé de tout ce pour quoi il était fait, et d’abord de la guerre. Malgré ses déclarations grandiloquentes et son apparente sincérité on le sent plus dépossédé qu’autre chose. Cependant Sénac revient du front, blessé et réformé, flanqué de deux camarades de section si vulgaires que Philippe en a un haut le cœur. Après un court échange désagréable avec Sénac il déclarera à sa mère qu’il va s’engager afin de se faire une âme comme celle de son ami « pour le retrouver au retour ». Dans un décor évoquant un salon cossu avec meubles luxueux mais devant des rideaux noirs Idriss, le metteur en scène a choisi de faire régner la dérision. Ses grands bourgeois sont visiblement incapables d’incarner les valeurs auxquelles ils sont supposés s’identifier. Geneviève de Presles, bien que sympathique, n’a aucune conscience de la classe (la ‘caste’ disait Montherlant) qu’elle représente, son dévouement ressemble à une obligation mondaine de plus. Coulange est jovial, trivial et plus qu’anecdotique. Les amies, ces « chipies » selon les messieurs exaspérés par la soi-disant superficialité de leurs compagnes, sont des commères manièrées aux interventions plus affligeantes que cocasses. Face à ces êtres quelconques, la stature, la posture et le relent de romantisme forcené du comédien interprêtant Philippe émeuvent.
Théâtre Mouffetard, jusqu’au 26 avril, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 31 11 99

01 mars 2009

Procès en poésie, de Christian Morel de Sarcus

Jouée de 2006 à 2007 au Théâtre La Petite Scène à Paris, la pièce a été reprise au printemps 2008 au Petit Théâtre du Bonheur, lieu montmartrois étonnant à mi-pente d’un escalier qui monte vers le Sacré Cœur. Elle a ensuite tourné en France et en Europe pendant six mois.
Un charmant jeune homme : Lui, comparaît devant une jugesse : Elle. Il est accusé d’écrire de la poésie, démarche que le régime totalitaire de leur pays a décrétée dangereuse et inutile, et encore « désespérante et obscure » . C’est ce qu ‘affirme le magistrat féminin, formatée pour ne rien comprendre à rien . Elle lui rappellera sans cesse qu’à la fin de leur rencontre, il doit obtenir « une certification de conformité » (sic). Son ordinateur une fois allumé, elle interroge le poète en rafales, commente son C.V. et sa situation de famille (il est séparé de sa femme) et l’oblige à lui livrer ses poésies, lui imposant chaque fois un thème ; il doit dire ce que lui inspirent les saisons, l’amour, l’existence, etc. Lui s’exécutant dit aussi les textes des auteurs qui lui parlent, soit Pouchkine, Sava Némanjic, poète serbe, ou encore Soljénitsyne.
Prenant d’abord son temps, lit et vit ce qu’il a aimé ou continue d’aimer puis nous convie à une trentaine de ses propres poèmes. S’il « flotte à la surface des choses », néanmoins il aime « les saisons à l’envers, écrivant, vivant, dans un ordre très personnel ». Elle, compulsant ses dossiers, agressive et butée, crache ses questions, puis fait mine de s’apitoyer. Le harcelant presque, elle l’enjoint d’aborder des thèmes soit plus tristes soit plus gais et finit par lui demander ce qu’il a écrit sur elle. Il s’énerve, se lève, s’assoit, se relève, arpente la scène. Mais ses textes flamboyants sont chargés d’images superbes et son écriture somptueuse sidère. Enfin congédié par la ‘dame-juge’ puisque la ‘condamnation suivante’ s’annonce, il sort. Mais le feuillet sur lequel il a écrit un dernier poème a glissé à terre. Elle le ramasse, le lit et semble troublée une seconde : « une femme seule, c’est un arbre mort dans la forêt ».
Ce spectacle étonnant à la mise en scène résolument minimale et dont on sort troublé est interprété par l’auteur et Marie Moes. Lui a une présence rare, une voix musicale et poignante. Elle, belle, inaccessible et raide est exaspérante à souhait.
Ce spectacle, ‘Evènement’ du Printemps des poètes 2008, sera repris prochainement dans une salle à déterminer.