29 juillet 2009

Dom Juan , adaptation Yves Morvan

Dom Juan , adaptation Yves Morvan
D’après Molière
Tout tourne autour de la pièce du Maître Poquelin et dès le début on a une vision de la fin : Dom Juan à terre expirant contre son Sganarelle... Soit une reconstitution ou une recomposition un peu longue, parfois ludique ou même inspirée d’une pièce qui, avec des connotations redoutablement métaphysiques, est destinée à nous déranger, épisode avec personnage du Commandeur oblige. Le mérite du metteur en scène est d’avoir donné le rôle principal à Sganarelle : ce partenaire, accompagnateur ou serviteur du seigneur Tenorio (marié à une Elvire extirpée d’un couvent mais qui, émoustillé en permanence, émoustille à son tour toutes sortes de Charlotte campagnardes et autres à qui il propose le mariage cinq minutes après les avoir reluquées) est souvent un personnage mollasson voire énigmatique et qui n’arrive pas à nous convaincre de son attachement pour un tel maître dont il n’attendrait que ses « gages ». Or ici notre comédien (époustouflant Julien Buda) est peut-être un clown, un pantin, roulant au sol et allant au tapis plus souvent qu’à son tour, un hystérique qui en fait carrément trop, mais il est avec nous, il est de notre bord. Cette fois-ci Sganarelle est à la fois l’auteur et le personnage principal.
Aux saluts, on applaudit les deux comédiens et leurs deux charmantes partenaires qui se sont démultipliées dans des rôles truculents ou cocasses, le tout dans un décor vide et sans le moindre accessoire, mais avec de jolis épisodes musicaux fort bien dosés.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de Dom Juan et le libertinage, jusqu’au 4 octobre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus

Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, de John Gray
Adaptation et interprétation : Paul Dewandre
Donc après l’Olympia qui sacralise les spectacles qu’il accueille, c’est dans ce prestigieux et séduisant Casino de Paris que redémarre, fusée interplanétaire, ce one-man-show que l’habile Paul Dewandre a fait adorer à des milliers de spectateurs de l’hexagone et d’ailleurs ces derniers mois. La mise en scène et le décor sont simplets : à jardin une chaise rouge, à cour une chaise verte, et les symboles de Mars et de Vénus.
Le livre de John Gray fait allusion à des planètes convoitées par les cosmonautes et courtisées des astrologues. Depuis sa parution, il y a une dizaine d’années, il a eu des millions de lecteurs, a été traduit en une quarantaine de langues, et est devenu un moyen de s’aborder pour se congratuler : « Comme ces auteurs anglo-saxons savent décrire avec humour, tendresse et ‘punch’ les rapports entre hommes forcément obsessionnels et femmes immanquablement hystériques ! ces deux espèces vouées à cohabiter si le genre dit humain est - comme nous l’espérons et le souhaitons - destiné à se perpétuer. »
La femme dit ceci et à ce moment-là l’homme pense cela, et quand l’homme dit cela, la femme se dit ‘‘ha-ha-ha… attends un peu… tu vas voir comme je vais …» Chers Feydeau, Labiche et autres Guitry en ces domaines vous aviez fonctionné à la française de façon aussi truculente que succulente. Ici c’est plutôt terre-à-terre et anecdotique, mais ça se veut malicieusement pédagogique avec au centre de la scène un tableau où comme par magie s’inscrivent les mots-clés de la démonstration stigmatisant les comportements des dames. Ils sont peu compatibles avec ceux des messieurs avec lesquels elles cohabitent, et l’amour là-dedans risque de ne pas résister longtemps, voyez tensions insupportables. Mais le parti-pris de l’auteur qui nous présente des couples de la génération de nos parents et grands-parents (et surtout ne fait intervenir aucun enfant) est de faire hurler de rire, plutôt que sourire. Exemple : quand on donne un rendez-vous à 8 heures à un couple Lui arrive à 8 heures moins 2 et Elle à 8h10…Ouaf-ouaf-ouf ! Le public est mis dans le coup et un couple du premier rang est invité à monter sur le plateau, à lire les répliques qui lui sont destinées et jouer une saynète au débotté. Ce genre de procédé pour café-théâtre et cabaret marche à tous coups, et au bout d’une heure et dix minutes, tout le monde n’en pouvant plus, c’est l’entracte. Dans le hall vous vous dites : ce lieu est superbe mais vous entendez aussi le puriste de service maugréer dans votre dos ‘ ce qui se donne ce soir n’est surtout pas du théâtre’. Peut-être ? de toutes façons ce spectacle sera repris et re-cartonnera.
Casino de Paris, jusqu’au 19 août, jeudi, vendredi, samedi à 20h30.
Réservations : 08 92 69 89 26

27 juillet 2009

Panne de télé, de Laurence Jyl

Ah l’été, ses terrasses fleuries, ses rosé de pays, ses jolies filles en robes claires et…ses théâtres !
Fuyant les festivals convenus, les bricolages à touristes qui veulent penser en short, retrouvons le plaisir d’une soirée de pur divertissement, dans ces havres bien climatisés – ni chambres froides, ni hammams – que sont nos bonnes vieilles salles rouges ou bleues et or.
Et parmi l’offre, la comédie de Laurence Jyl se distingue par la légèreté -apparente- du propos. Le thème : le téléviseur d’une famille de Français moyens tombe en panne un samedi. Que faire ? La découverte de vieilles jumelles de la fille de la maison…non, la fille de la maison n’a jamais eu de jumelles cachées, c’est une pièce d’été pas de l’Ibsen ou du Strinberg !
Reprenons : grâce à la découverte de cet instrument toute la famille se met à observer l’immeuble d’en face et c’est autrement intéressant que la barbante T.V. !
Cela s’emballe, hystérie, mimétisme, exhibitionnisme, voyeurisme, arrivisme, surendettement, ces périls guettent tous ces braves gens.
« Papa » c’est Patrice Laffont, acteur animateur qui joue un lourdaud et attendrissant monsieur très aimé. Fifille c’est la pétulante Laure Mathirier qui compose une dinde réaliste à portable et baladeur et ne peut vivre cinq minutes sans appel ou musique industrielle. Quant à « Maman » c’est l’inimitable, la drolatique, l’explosive Virginie Pradal qui disjoncte des chevilles aux mèches, comédienne hors normes (ex-du Français, mais oui !) à l’abattage hilarant, au chuintement irrésistible, au métier assuré et insolent.
Les compères Dravel et Macé signent une mise en scène vive et acidulée.
Cette charmante comédie révèle le sens du rythme et de la progression de son auteur et dénonce, sans en avoir l’air, les grotesqueries du temps présent avec ses anglicismes idiots, sa violence idéologique et le matuvisme encensé …
Quant à « Papa » et «Maman » ils s’aiment vraiment et ne veulent surtout pas divorcer :
Que du rafraîchissant !

Christian-Luc Morel

Théâtre Daunou du mardi au samedi à 20h30. Matinée dimanche à 15h30 à partir du 30 août. Egalement à partir du 5 septembre matinée à 17 heures en semaine. Relâche les 11, 18 et 25 août.
Réservations : 01 42 61 69 14

25 juillet 2009

L'école des veuves, de Jean Cocteau

L’école des veuves, de Jean Cocteau
(Mise en scène de Dejan Ilic)
…Ou plutôt d’après Jean Cocteau car le metteur en scène s’est permis d’ajouter un prologue à peine digne d’un café-théâtre pour public complaisant et de province (pardon « de région ») du genre couples qui viennent de dîner grassement à plusieurs pour célébrer leur rencontre dans un club du quatrième âge où les activités consistent à se faire friser les cheveux pour ces dames, masser (et quoi d’autre encore ?) pour ces messieurs, ou alors à se faire trimballer à la saison dite morte en Méditerranée sur des paquebots dont ils ne débarquent que pour ne surtout pas écouter ce que les guides racontent à propos des ruines, statues et arcs de triomphe romains ou pas. Or ironie, Cocteau a écrit sa pièce (dont on n’entendra surtout pas le texte) à partir d’un texte de Pétrone.
Un prince vient de défunter et sa veuve se croit obligée de le suivre dans la mort. Par Jupiter comme c’est noblement solidaire ! La jeune princesse a une servante-confidente qui devrait l’accompagner et donc s’ôter la vie avec elle par fidélité et sens de l’honneur. Mais la suivante n’en a aucune envie et réconciliera sa maîtresse avec l’existence en la convaincant d’en jouir, au propre et au figuré.
Un monsieur très gras genre Carlos mais qui hurle et aboie face aux spectateurs joue les chauffeurs de salle ( il est vrai que l’Essaïon est une cave frigidaire) et inflige aux spectateurs un prologue interminable et consternant n’ayant rien à voir avec la pièce. Mais ce sera lui, gardien du tombeau du prince, qui offrira ses services aux dames quand elles se remettront à frétiller du popotin. L’une d’elles, la servante, à la voix hystérique mâchouille du chewing-gum, bouche à l’allure de gouffre (comme c’est érotique !) pendant la trop longue heure et quelque que dure ce zigouillage. L’autre, la princesse, minaudant donne l’impression que Cocteau est un bavard et un philosophe de pacotille.
Un des soi-disants coups de génie de la mise en scène ? la projection de séquences de films felliniens ou dus à des cinéastes de l’ex-Yougoslavie avec musiques du même métal. On rit quelques minutes parce qu’on n’en peut plus mais très vite on regarde à nouveau ses chaussures et on attend la fin de cette pantalonnade de goût douteux. Mon Dieu, cher Cocteau, dont on célèbre ce mois-ci l’anniversaire de naissance et qui reposez dans votre si jolie chapelle d’Ile-de-France, que vous dire ? vous demander pardon pour ces énergumènes qui depuis des mois attirent les gens au Marais de Paris et les autres dans ce guet-apens gargouillant ! vous demander pardon d’avoir été un soir parmi ceux-là parce que, naïf, on n’aurait pas pu imaginer une telle mascarade et une pareille trahison !
Théâtre Essaïon, du mercredi au samedi à 20h . Réservations : 01 42 78 46 42

20 juillet 2009

Ca bute à Montmartre

« Le retour de Grand-Guignol »
Un genre disparu, ou happé par le cinéma dit d’ »épouvante ».
Un lieu, jadis célèbre, cité Chaptal, devenu le »Théâtre international visuel » d’Emmanuelle Laborit.
Le Grand-Guignol.
Scènes mélodramatiques, fous et folles, membres tronçonnés phantasmes sexuels, vitriolages, fakirs lubriques reviennent rafraîchir l’été de sans frais et d’amputations lorsque tout ne gicle que de gaspachos tièdes et transpire de pieds en tongs.
Le pari génial de Frédéric Jessua remplit la salle du Théâtre Ciné 13.
Et l’on redécouvre combien ce style de théâtre, dont nos grands-parents raffolaient, mérite l’admiration qu’un Antoine ou une Colette lui portait.
Quatre programmes, deux courtes pièces pour les deux premiers, une longue pour les deux autres, présentés en intégrale les samedis et dimanches, en alternance, la semaine réjouissent et réveillent le sadique, le voyeur, le sérieux qui leurre, le docteur m’abuse qui soupirent sous le vernis social. Utile, ce théâtre, libérateur, indispensable, qui montre du sang, sous la peau, ce sang qui coule tellement qu’il étanche notre soif.
Et quels acteur ! Beaux, jeunes, brillants, inquiétants, diablement efficaces et rompus à leur art.
La mise en scène est baroque, les effets étonnants. Aucun temps mort, si j’ose dire. Une mécanique précise. Tout cela est dirigé, maîtrisé. C’est un hommage autant qu’une récréation. Compliment aux compagnies L’incartade et Acte 6 !
Quant aux pièces, rien de mièvre, des dialogues jamais sots et la talent des comédiens qui appuient, délient, suggèrent ou tronçonne s’il le faut.
Le programme « Adultère & Possession » est le plus classique, avec des pièces de 1919 et 1929. « Vengeance et Vitriol » impressionne beaucoup, à la limite du supportable (c’est donc un des plus réussis). « Chiens écrasés » est une création actuelle « grand-guignolesque » qui a ses mérites et séduira les plus jeunes. Enfin »Perversion& mutilations » présente une pièce des années vingt ayant pour cadre une pensionnat huppé enfiévré par l’hystérie.
Que choisir ? Tout en intégrale ou par injection. Un passeport permet de tout voir.
Chacun a eu l’impression, hier, que l’aventure ne s’arrêterait pas là et que le »Grand Guignol » sortait de sa tombe.
Enfin tout le monde parle de ça, des gens annulent leurs vacances, d’autres leur divorce, on enregistre une baisse des malles sanglantes à la consigne de la gare de Lyon.
Ajoutons que ce théâtre est le plus confortable de Paris avec se canapés plongeants. Rouge sang…
Faire-part !

Christian-Luc Morel

Théâtre Ciné 13, 1 avenue Junot, 75018 Paris. Réservation : 01 42 54 15 12. En alternance jusqu’au 29 août.




17 juillet 2009

Délires à deux d'Ionesco

« Tu es l’enfer et je dors avec toi ».
Ainsi pourrait-on sous-titrer cette pièce un peu moins connue d’Ionesco, écrite dans les années soixante, un peu moins absurde que les autres, malgré les apparences.
Un homme, une femme, un « séducteur » (le qualificatif tourne à l’insulte) et sa séduite, dans le huis-clos d’une chambre à coucher où l’amour a découché.
Les invectives pleuvent, la mauvaise foi triomphe. La dame siffle. Le monsieur pérore. Ils vivent ensemble depuis longtemps et, sur le réchaud conjugal, la haine et le ressentiment diffusent une odeur âcre de soupe empoisonnée.
Au dehors c’est la guerre, l’émeute, le trouble, ô bienvenues distractions.
On tue sur le palier et l’on est vivant, soi, même si c’est avec l’autre.
Les murs s’effondrent, l’armoire s’ouvre en deux, les chapeaux volent, sans tête, comme tombés d’un Magritte. Ecarte-toi de la fenêtre !
Et puis vient la paix, patatras. Comme une retraite, ensemble, à patienter, à guetter la fin dans le délabrement de l’ennemi…
Christophe Lidon, le metteur en scène à succès- non… de succès - a revêtu ces deux bagnards d’un identique pyjama d’hommes crémeux, leur tenue d’éternité. Beaucoup de trouvailles, de mitrailles d’invention : la cage qui évoque la scène du Manège dans la « Mélodie du bonheur », les effets de Passe-muraille…
Quant aux acteurs, on en attendait le maximum et ils se surpassent.
Danièle Lebrun rejoint ici les plus grands, et comment ne pas songer à Bette Davis ? Sa voix de source éclaboussant du marbre électrise, sa vérité de femme dupée convainc, avec cette pauvre méchanceté intuitive qui serre le cœur, capuchon sur le désespoir.
Malaka, lourd, enfant, résigné, compose un homme sans opinion, déçu, un type viril, juste et intense de vérité.
Les applaudissements crépitent, les rappels s’enchaînent.
La nuit avignonnaise tombe doucement. Les étoiles s’installent.
Vous êtes vraiment allés au théâtre.

Christian-Luc Morel

Le Chien qui fume, 75 rue des Teinturiers, Avignon. Jusqu’au 31 juillet à 19h15 précises.


16 juillet 2009

Le terrier, de Rémi de Vos

Une production de la Compagnie de la Traverse
Un bruit de plume qui crisse…ou d’animal qui gratte dans le mur. Et un homme seul, entre feux âges, qui explique, qui met de l’ordre.
Tout l’univers du Pragois tourmenté, du promeneur méthodique du pont Saint Charles jaillit du soupirail dans ce texte de fin de vie, publié contre ses vœux après sa mort ?
Le texte oppressant, construit comme une galerie souterraine avec plans parfois échappés donne à sourire car qui n’a connu un épisode-terrier où la réclusion, l’élucidation, la procédure, faussement, paraissaient alors une médecine contre le chaos de la vie, le bruit vain, l’absurde traité par l’absurde ?
L’acteur inspiré, emmailloté dans sa folie, enroulé dans les barbelés de la logique et de la précision, d’une parfaite élocution de maniaque, c’est Hervé Petit ; lumineux, rigoureux, médiumnique, indispensable guide à lame-torche pour visiter ces catacombes de l’esprit humain, ce phantasme de la perfection, cette inquiétude de la vie qui n’a que faire de l’homme et de sa recherche de calme…et de mort.
La mise en scène, diaboliquement sinueuse, conçue par Antoine Roux, coule comme une rivière souterraine, porte la barque, la fait tanguer, l’éclaire de reflets sinistres.
Le silence, dans le préau du Collège de la Salle, ressemble à une écoute du silence. Et tout bruit dérange, son propre battement de cœur, un rire nerveux que l’on ne peut contenir, et lme bruit de plume qui crisse d’animal qui gratte dans le mur et ignore nos plans.
Cette promenade ténébreuse est un des spectacles les plus aboutis du Festival ‘Off’ (c’est curieux combien ce vilain mot franglais fais penser à l’abréviation d’officiel) qu’il faut avoir vu ; un sur mille celui-là, belle rareté, pépite du tamis.

Christian-Luc Morel

Préau du Collège de la Salle, Avignon, à 14h20 précises jusqu’au 31 juillet

Projection privée, de Rémi de Vos

Sorte d’extension salonnière de « Cuisine & dépendances », la pièce de Rémi De Vos nous entraîne dans l’univers « impitoyââââble » de la télé :’implosion et odeur de « soap »
Une femme en peignoir affalée sur son canapé ingurgite par les yeux la guimauve de feuilletons américains mal traduits. Son mari a ramené une fille pêchée dans un bar, qu’il va consommer dans la chambre à coucher conjugale (libre puisque la dame de la maison vit sur son canapé). Dans la fournaise sudiste, cette production picardo-nordiste- les acteurs venant d’entre Creil et Beauvais, Montataire, Oise, loin de Dallas, Texas - et dont l’auteur porte un beau nom flamand rafraîchit, amuse, divertit et brocarde les « dépendants graves » à cette machine à laver le cerveau dont le tambour essore toute la sainte journée. Le choix de l’écoute en continu d’extraits de séries finit par exaspérer ; c’est efficace ! tout comme les jingles - de jungle ? - de publicité et l’on jetterait bien un pavé dans cette damnée machine que de nombreux cafés ont réinstallée sur leurs murs pour le malheur de la conversation et l’abrutissement des masses. Heureusement la fin est tragique-comique- mais il y a aussi malheureusement des télés – t’es laid !- en prison.
Petit spectacle sans prétention d’écriture, cette fable divertissante est jouée avec conviction ; la scène - drôle- où la ménagère de moins de cinquante ans raconte un épisode des « Feux de l’amour »donne envie d’emmener ce meuble bavard… à la décharge.
Question philosophique : qui va payer l’addiction ?
Christian-Luc Morel
Espace Alaya, Avignon jusqu’au 31 juillet à 16h40


06 juillet 2009

Le Cri de la Fourrure, de et avec Alex Pandev

D’abord c’est une femme de goût. Elle se définit comme auteur sans ‘e’ à la fin. Et c’est un vrai auteur. Voici une comédie « solo » de tout premier choix, friandise « tendance » de cet été, à déguster sans modération.
Dans une boite, très tard ou très tôt, une « jet-setteuse » (plus Austin que Falcon) s ‘éveille à la réalité et revit ses amours, dans un demi-coma ponctué de musiques. Faible intrigue, faibles moyens, petit canevas de café-théâtre ? Que nenni ! car, sous une robe Courrèges- trapèze- un volcan à cheveux noirs, cocktail d’Elizabeth Taylor, d’Ava Gardner et de Jennifer Jones réunies, la fougue de la Clermont-Tonnerre, la méchanceté d’une commère d’Hollywood, l’abattage d’une Robin, la gouaille d’une Joly, la tendresse bien cachée d’Alex.
La qualité de la pièce réside dans le crescendo. Il y a une véritable montée en puissance, des rebondissements, du non-conventionnel, du politiquement incorrect et une énergie déployée diaboliquement. Rarement une pièce comique atteint autant le tragique pour le quitter, trop lourd, non trop lourd ! Rarement l’impudeur se vêt ainsi de draperies, rarement la méchanceté laisse un tel goût sucré de gourmandise orientale.
Les mots frappent mais ne tuent pas, les hommes sont égratignés (ils pourraient tant pour elle) mais jamais (ou presque) dégradés. Nulle trace de féminisme chez Alex mais une féminité flamboyante qui la rend irrésistible et forte.
Il y a tant de don de soi, de qualité dans ce spectacle que le plaisir autant que le rire est palpable dans la salle. Elle nous quitte pour une fausse sortie, une fausse fin et elle revient pour nous étourdir encore.La mise en scène d’Agathe Bergman est vive, efficace (quelques éclairages un peu crus). C’est la comédie de l’été. Il va faire très…belle.Comédie de Paris, du mardi au samedi à 21h30, réservations : 01 42 81 00 11
Christian-Luc Morel

01 juillet 2009

La femme qui frappe, de Victor Haïm

La femme qui frappe (farce tragique) de Victor Haïm
Le titre percute, mais la femme en question n’est surtout pas toute de cuir vêtue , une lanière à la main ; elle n’est pas non plus sur le palier tambourinant contre votre porte ; elle n’est pas de celles qui, croisées dans la rue vous causeront des insomnies moites . Non, Agathe tape - frénétiquement - des textes sur une Underwood fin des années soixante. Son mari vient de mourir et n’ayant pas les moyens de lui assurer des obsèques décentes elle a été contrainte d’accepter de dactylographier le manuscrit interminable d’un auteur connu -ou célèbre- ou les deux . Là on se dit : scénario avec petite manip , Monsieur Haïm ! astucieux ,délirant et métaphysique auteur-comédien-metteur en scène et formateur d’acteurs vous êtes un farceur, un équilibriste faisant jongler les mots avec lesquels vous avez passé de petits pactes crapoteux . Votre Frédéric Delcourt à qui Agathe a recours manipule les êtres , et quant à ce qu’il écrit c’est « la Bible racontée par un bègue à un mec dur de la feuille » commente cette parigote qui pratique les raccourcis . Au fait pourquoi a- t-elle décidé de l’appeler au téléphone ? Raison avouée : pour le prier de l’excuser d’avoir oublié une virgule dans sa copie. Bourde fatale et engrenage inéluctable: mais elle récidivera, et lui d’en profiter pour la draguer après l’avoir vite déchiffrée. Quoique question chiffres il ait décidé de ne pas lui régler la somme promise pour son travail.
En juin 2009 dans le cadre des « Lectures de la Huchette » Victor Haïm baptise modestement ‘mise en espace’ ce cadeau qu’il fait à Marianne Soumoy : sa comédienne seule en scène, survoltée mais plus qu’ aguichante . Bande-son et bruitages explicites. La petite scène si aimable de la Huchette croulant sous le papier est devenue un foutoir ,pardonnez l’expression. A un tout petit arrière-plan deux bouts de jambes de pantalons avec chaussures adhoc émergent d’une table où est censé reposer le défunt mari d’Agathe. Victor Haïm a la modestie de se décréter responsable d’une simple mise en espace. Mais il avoue que cette pièce copieuse et qu’il aime (et c’est ce rapport à son écriture qui touche chez cet auteur si lucide, si responsable et pétri d’humour ) écrite dans les années 70, publiée en 1992 et jouée entre autres chez José Valverde dans son Théâtre Essaïon en 2004, puis récemment donnée à Avignon-off y sera reprise en juillet 2010. Marianne Soumoy la portera à bout de bras.
C’était notre scoop…
Guettez cette Femme Qui Frappe , sachant aussi que Victor Haïm est à l’affiche dans divers lieux parisiens où il cautionne (ou récuse) toutes sortes de mises en scène de ses œuvres, mais toujours avec ce sourire charmant d’homme sensible pour qui douter est aussi important que croire.