24 novembre 2009

La mariée couronnée, d'August Strindberg

Mise en scène: Giulia Clara Kessous
En Dalécarlie, cœur de la Suède, notre Berry à nous, où tout prend peut-être un sens profond, Hans et Kersti appartenant à des familles irréconciliables- voyez querelles dignes des Montaigu et Capulet - se sont épris l’un de l’autre.
Un enfant est vite né de cet amour, dont seule la sage-femme qui a présidé à l’accouchement connaît l’existence. La cérémonie du mariage se déroulera demain, la mariée y sera coiffée d’un diadème synonyme de virginité. Sauf que… Brita, sœur du futur époux a tout compris. Elle est mère d’une charmante fille qu’elle élève dans le respect des règles et des traditions, le contexte étant celui de cette religion luthérienne où tout doit être dit à tout le monde, toujours, les pasteurs n’étant pas des prêtres à qui l’on pourrait se confesser pour qu’un pardon des offenses soit en envisageable. Mais chers frères et chères soeurs continuez de prier.
Des prières ? Strindberg, apparemment en mal de fin pour certaines de ses pièces vous en impose et à la toute fin, on entonnera «Saint est le Seigneur» et encore «Ô Seigneur, nous te rendons grâce» avant d’évoquer paix et réconciliation. Serait-ce devenu une sorte d’exorcisme ? Donc l’enfant de ses très jeunes parents qui se sont aimés, s’aiment et s’aimeraient encore, mourra, vite supprimé par sa mère qui consent à ce qu’un certain ordre soit rétabli dans l’univers familial. Pourtant tout aurait pu fonctionner pour elle sur fond de révolte dans la révolte de la révolte…mais le ciel ne l’a peut-être pas voulu ? Kirsti, mère indigne et meurtrière confrontée à un bourreau, hache à la main, mourra avant même d’être exécutée.
Mise en scène fantasmagorique, musiques suaves genre Debussy ou Fauré, fumées qui servent à distancier, apparitions d’êtres masqués et comédiens sidérants. En tête bien sûr, cette prodigieuse Lily Savey, dix ans, qui est l’ ‘enfant’, fille de cette raisonnable et raisonneuse Brita (Guila Clara Kessous qui signe cette mise en scène étonnante) laquelle va déclencher un processus qui fera en sorte que la mort …
Marie-Véronique Rabant est une vraie mère de famille sensible et nuancée, Antoinette Guédy une sage-femme du genre sorcière. Leurs camarades jouent très juste cette pièce poignante.
Moralité : « Ecrire des drames, c’est tout de même ce qu’il y a de plus intéressant. Pareil à un petit dieu, on sonde les cœurs et les reins… on juge…on absout et on récompense. »
Message de Strindberg en forme de dédicace .
Message bien perçu par l’équipe .

Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Strindberg, jusqu’au 14 février.
Dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75

11 novembre 2009

Donogoo, de Jules Romains

Mise en scène : Jean-Paul Tribout
La compagnie Sea Art de Jean-Paul Tribout s’est donnée pour mission de présenter « un théâtre populaire, humaniste, exigeant, apte à séduire un large public et ayant la volonté d’abolir, en parlant légèrement des choses sérieuses et sérieusement des choses légères, la soi-disant frontière entre théâtre intellectuel et théâtre de divertissement». Une fois de plus il nous offre un feu d’artifice: son Donogoo est d’une fantaisie débridée dans un décor qui est une succession de trouvailles avec, entre autres, des boites noires qui s’ouvrent ou se ferment découvrant des dizaines de paysages et de lieux avec pléthore d’accessoires. Huit comédiens jouent une trentaine de rôles dans ce qui tient du canular, de la bande dessinée, du western et d’une succession de séances de guignol. Mystifications et impostures sont au centre de l’aventure. Ça pétarade sur scène, dans des costumes authentiquement années trente, des lumières séduisantes, sur des musiques d’harmonica exotiques, ponctuées de mots d’esprit et autres réflexions cocasses ou absurdes, puisqu’au fond « est-ce que l’Amérique n’est pas le produit d’une erreur ? »
Au départ de l’intrigue il y a Lamendin, peintre et architecte raté (voyez la référence à un certain Adolf) prêt à se jeter dans le Bassin de la Villette, et qu’un camarade engage à consulter un savant brésilien qui lui redonnera le goût de vivre. Lequel savant le fait ensuite rencontrer Le Trouhadec, éminent géographe, mais qui ne peut plus prétendre à être membre de l’Institut, à cause d’un faux pas : il a écrit un ouvrage très documenté sur la fabuleuse ville sud-américaine de Donogoo-Tanka située près de sables aurifères. Or cette cité n’existe pas. Qu’à cela ne tienne! Lamendin va la faire construire et financer par des banquiers et hommes d’affaires, plus ou moins escrocs, investissant soi-disant à tout va et incitant leurs collègues ou concurrents à faire de même. Si l’on pressent vite ce à quoi tout ça va mener, on a commencé à hoqueter de rire dès les premières répliques et on ne cessera de le faire pendant les presque deux heures que dure ce spectacle-tsunami. Fin de l’aventure avec retour en France de toute la bande… si on ne vous livre pas l’issue de l’expédition sachez que Le Trouhadec deviendra enfin membre de l’Institut. Huit comédiens ‘rares’ et ébouriffants - dont le metteur en scène - vous donnent le vertige. Leur Donogoo est une de ces pièces qu’on a follement envie de revoir aussitôt qu’on a quitté le théâtre.
Théâtre 14, jusqu’au 2 janvier. Mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h, matinée samedi à 16 heures. Réservations : 01 45 45 49 77.

08 novembre 2009

Les enfants du soleil, de Maxime Gorki

Le Théâtre 13, sous la direction de Colette Nucci continue à s’imposer comme une scène d’excellence avec un choix de pièces et une sélection de troupes jamais décevantes..
La pièce de Gorki, ce révolutionnaire que Staline flatta tant avant, peut-être, de l’étouffer, surprend par sa proximité contemporaine, sa violence et sa divination.
Un chercheur, oisif occupé, vit au milieu de ses femme, sœur, courtisans, domestiques, seulement prévenu devant le fait humain et social comme le bobo d’aujourd’hui peut l’être devant le clandestin : par le triomphe de la raison, il sera aimé. Or, on le hait assez généralement. La bonne, importunée par ses fumées, sa femme qu’il délaisse, sa sœur souffrante qui s’agace de ses naïvetés et de son indifférence masquée, une veuve, prête à l’adorer mais qui n’existe pas pour lui et ce peuple qui gronde considérant la science comme une des armes d’asservissement du pouvoir bourgeois et qui veut en découdre avec haches, piques et fourches. La traduction d’André Markowicz veut rendre le texte plus accessible avec des trivialités - « mandales » et autres complaisances molles- mais la flamme de Gorki garde sa force originale ( le « traduidu » trahissant déjà tout, donc sus aux « trahictions » pseudo-modernes à vocation paternaliste : « débranche ton i-phone, son, j’tai traduit Chaix-pire en sms !)
Les comédiens sont époustouflants : Vincent Joncquez, hilarant en dadais bobo-autiste, fumeux, fumiste et touchant d’innocence, sa femme l’exquise Alix Poisson, comédienne de très grande classe, Eléonore Joncquez, veuve hystérique mère juive adopteuse et adoratrice, est géniale. Teddy Mells est l’amant transi de la sœur, extraordinaire d’émotion, petit taureau énamouré et écumant et Nathalie Radot, bouleversante est une soeur et chétive amante qui voit clair dans la folie de ces « Enfants du soleil » qui éclaireraient le monde en brûlant la fourmilière de leurs rayons.
Sidney All Mehelleb en artiste et séducteur est moins convaincant; mais le reste de distribution est homogène et les seconds rôles parfaits (Gaël Marhic, Colette Venhard).
La mise en scène de Côme de Bellescize sert le texte sans le trahir. La beauté s’invite ça et là avec l’intuition qu’il n’y a pas de violence sans beauté.
Une pièce audacieuse et corrosive, pernicieuse, scélérate comme une vague au milieu de la mer calme et surtout incroyablement moderne .

Christian-Luc Morel

Théâtre 13, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30.
Réservations : 01 45 88 62 22



L'illusion comique, de Corneille

La célèbre pièce est donnée actuellement au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry.
Coincée entre la rue Robespierre et la rue Marat et reliée au métro par le sylvestre « chemin du théâtre » cette salle programme des créations et des mises en scène qui font parler.
L’histoire d’un père cherchant les secours de la magie pour retrouver un fils disparu, et qui va assister, grâce aux sortilèges du sorcier, au déroulement de la vie de ce garçon - Clindor-, à ses amours avec Isabelle et à sa chute, avec une « chute », précisément, qu’il ne faut pas dévoiler, bouleverse, émeut d’une manière bien différente des tragédies antiques du célèbre auteur.
La mise en scène d’Elisabeth Chailloux, qui monte aussi bien Marivaux qu’une médiatique Marie Ndiaye, allie beauté, mystère (très shakespearienne entrée en matière) et joue les lumières comme d’un soleil qui serait vérité. Toujours quelque abus de musique (surtout de musique anglaise, morsure sur quelques beaux vers) mais c’est une préciosité du temps qui passera.
Les acteurs sont excellents ensemble et certains, séparément, sont sublimes. La révélation : deux femmes, Lyse, la servante amoureuse (une autre pièce) interprétée par la ténébreuse Lara Suyeux et Isabelle, Raphaèle Bouchard qui, hors quelque claque sonore sur le poitrail interprète avec finesse et force une femme-femme, aimante et brûlante, avec une variation du crescendo phénoménale. Les hommes sont également très bons ; le père, sensible François Lequesne, le mage, Malik Faraoune, Matamore – alias Jean-Charles Delaume- en fait un peu trop dans les ridicules aristocratiques (proximité de la rue Marat ?) Adrien Michaux incarne un amant non-aimé style « fils-à-papa-présidentiel » assez drôle dans ses atours « Neuilly-Auteuil-Passy » et va même jusqu’à se travestir, pour une scène un peu faible. Frédéric Cherboeuf, le fils indigne, connaît son métier mais peine à saisir un personnage qu’il charge d’une « contemporanité » si lourde qu’il fléchit. Mais il bouge bien, comme ses camarades.
La fin est une réussite absolue qui emporte l’adhésion . Le public ovationne une qualité et un travail de haut niveau.

Christian-Luc Morel

Théâtre Antoine Vitez à Ivry. Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h , jeudi à 19h. Matinée le dimanche à 16h. Réservations : 01 43 90 11 11.
Jusqu’au 3 décembre

Graves épouses/animaux frivoles, d’Howard Barker


Le théâtre de l’Atalante, au pied de la butte, « greffé » derrière le théâtre de l’Atelier offre une programmation étincelante, qui crée l’événement.
La nouvelle pièce d’Howard Barker, montée à Paris avant une tournée en province, dévastatrice et bouleversante, confirme, après le cycle que lui a consacré Olivier Py à l’Odéon, l’importance de cet auteur contemporain bien traduit en français par Pascal Collin, - ce qui est à noter- et sulfureux à souhait.
Deux femmes, dans une maison dévastée: une domestique en tenue impeccable et une dame en guenilles. Souffle atomique, passage d’une tornade sociale, mutation génétique brutale ?
Peu importe. La comtesse Strassa doit être livrée au mari de la servante qui la veut et le hurle, dans le lointain. Un chien mécanique, Baskerville des désirs du mari, régulièrement, vient chercher quelque chose de la femme attendue : chaussure, lingerie, pour le rapporter à son maître, à moins que ce ne soit le maître lui-même, jappant, transformé en animal dans le grand désordre inexpliqué. La servante est l’interprète du désir. La révolution passe, l’ordre est inversé et maintenant « c’est nous qu’on est les princesses ». Mais la comtesse résiste et la race agit en elle. Héritière de la force, elle peut se donner et tout garder. Reprendre le pouvoir, dominer en se dominant…
La mise en scène sobre mais pas minimaliste de Guillaume Dujardin, jouant sur des effets de rideau et d’ouate fonctionne si bien que l’on s’attend, à tout instant, à l’apparition de l’homme, impossible…selon la distribution annoncée ! La tension révèle une belle maîtrise de son art.
Les comédiennes sont fabuleuses dans le contraste et le violence. Odile Cohen, la comtesse sublime dans la déchéance, drapeau déchiré mais patrie irrépressible d’orgueil et de résistance, noire et brune, nuit sans lune, d’une diction parfaite, d’une présence envoûtante et Léopoldine Hammel, la servante Card, tout à la fois petite Mary Poppins sadienne, préparatrice d’orgies et guide souriante de Pays de l’Est montrant les beautés du réalisme soviétique, mais aussi femme aimante et battue, elles frottent leurs mondes comme des silex et le feu prend aux rideaux, flammèches de mots.
« Sauve qui peut ». « Helter skelter » (Sharon Tate aurait pu se tirer d’affaire en disant du Barker) ce théâtre ravageur anti-naturaliste ouvre des brèches dans ce monde vacciné contre les désordres par le contrôle des communicants. Mais que faire du désir sauvage ?
« Le monde est né sans l’homme. Il mourra sans lui. » (Lévi-Strauss)

Christian-Luc Morel

Théâtre de l’Atalante, lundi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30. Samedi à 19 h, dimanche matinée à 17 h. Réservations : 01 46 06 11 90
Jusqu’au 27 novembre

06 novembre 2009

Que d'espoir, d'Hanok Levin

L’Etoile du Nord, la scène révélatrice - de talents- de Jean Macron, premier tréteau d’auteurs prestigieux (Christian Siméon, Molière 2007, entre autres) continue son œuvre de révélation et d’excellence et il faut ABSOLUMENT la découvrir ou la redécouvrir.
La Compagnie du Matamore, fabuleuse troupe de comédiens inspirés, caravansérail ivre, a planté da tente sur le plateau sombre et allumé ses feux.
Que d’espoir ! présenté comme un « cocktail théâtro-musical-corrosif », se compose de textes, saynètes, poèmes, chants du grand dramaturge israélien Hanok Levin.
Un manège infernal, entraîné par le pédalier d’un jeune homme, symbole du jeune soldat, du fils, de l’immolé qui doit faire tourner ce monde de vieux, à la sueur et au sang, découvre des monstres ordinaires, attirés par le rien, la consommation, les voyages organisés, toutes fadeurs qui donnent à la paix le goût du néant et à la guerre le goût du possible.
Formidable insolence de ce Levin ,qui gémit que cette enfin-patrie, la Terre Promise, s’aligne sur la violence des autres nations et tyrannise, et méprise : scène du partage de la salle de bains, avec une gorgone qui déteste le cousin et l’exile parce qu’il mouille le carrelage en se douchant, mais « veut la paix, la paix ! » et de hurler ce mot comme une louve sanglante.
Pour cette pièce l’auteur devra demander publiquement pardon en 1970 (comme Polanski devrait s’humilier à le faire pour n’ être rien, plus rien, et être ainsi absous par l’annulation).
Dans un cimetière, on enterre par erreur un chameau, qu’on a d’abord pris pour un Arabe, puis pour un gauchiste et puis pour quoi encore ? et un politicard d’ajuster son discours aux circonstances. Le public hurle de rire devant cette vérité dénudée.
De l’émotion, avec un jeune homme qui, en achetant un hot-dog, espère recevoir de l’amour et du sens, mais qui ne recevra… qu’une saucisse chaude.
Humour juif, universel, désespéré, humour de la poésie lorsqu’elle est vraiment désespérée, hors des mots aussi, dans une traduction très inspirée de Laurence Sendrowicz.
Les acteurs forment une si belle troupe, cavaliers de chevaux à langue de bois , sur ce manège désenchanté, qu’il faut tous les citer : Bruno Cadillon, Juliane Corre, Gérard Chabanier, Valérie Durin, Catherine Ferri, Stéphane Méallet, Henri Payet et Elsa Rosenknop.
La musique de Moucha (le film « La vie des autres ») et les lumières surnaturelles de Jean-Louis Martineau, sans oublier les costumes du « Bal des Vampires » d’Anne Rabaron ajoutent à la mise en scène baroque, fellinienne de Serge Lipszyc qui enroule ses comédiens dans le barbelé de mots cisaillant qui les blessent, puis les dénoue, avec cruauté et puis douceur, permettant ces alternances d’émotion, de rire, de fous-rires et de révélations.
Sublime moment de vie et de poésie, de théâtre et d’exception : une réussite totale.

L’Etoile du Nord, 16, rue Georgette Agutte, Paris-XVIIIème Jusqu’au 21 novembre . Du mardi au samedi à 21 heures, matinée à 16 heures le samedi 7 novembre. Rencontre avec la troupe chaque jeudi, à l’issue de la représentation
Réservations : 01 42 26 47 47

02 novembre 2009

Misérables, adapté du roman de Victor Hugo

Misérables, adapté du roman de Victor Hugo par Philippe Honoré

Une constante au Lucernaire : un texte solide et des comédiens de premier ordre. Voici pourquoi on s’y presse et que l’on en sort (presque) jamais déçu.
Avec Les Misérables, le « solide » ne manque pas : épopée, personnages mythiques, émotions fortes. Il fallait pour incarner cette pièce de « caractères » les interprètes à la hauteur. Le metteur en scène Philippe Person, incarnant lui-même Jean Valjean - Monsieur Madeleine ne s’est pas trompé dans sa distribution.
Anne Priol, petite-fille de Magnani et d’Arletty, dans le tutu de la Massina, révèle des dons de comédie hallucinants, pouvant tout incarner : de l’enfant - garçon ou fille - à la fille du peuple (elle saupoudre tous ses ‘a’ d’accents circonflexes faubouriens). Elle joue chaque seconde, pleure et rit, vibre dans l’obscurité, secoue la nuit comme un manteau, perd des étoiles, les ramasse et bondit sur un fil imaginaire de funambule. Quel talent, quelle grande petite femme !
Face à elle, un Monsieur Loyal du cirque de la vie : Javert, dandy: Emmanuel Barrouyer – un grand à repérer- incarne toute cette ménagerie et plus encore, avec un sens du rythme diabolique, comme s’il perçait le secret de la vitalité de ses personnages. Jamais de masque, mais une intuition jouée sur la scène. Devenant Marius, il rajeunit physiquement et sa gaucherie trouble, mais revoilà Jabert, au bord de l’abîme, que son humanité soudaine pousse au suicide. Il bouge magnifiquement, avec magie, et l’élégance de son phrasé sublime le texte. Le magnifique passage sur la « Lumière » est distribué au public, belle idée.
Un certain mauvais esprit - si appréciable en ces temps de guimauve consensuelle - jaillit même ça et là : le linceul de Cosette…est un drapeau européen. Il y aurait comme une dangereuse sorte d’incitation au réveil moral, à la révolution…à l’amour de la France, grande quand elle est généreuse et généreuse quand elle est elle-même. Ce message patriotique d’Hugo n’a pas été escamoté et c’est là une belle audace.
Ces « Misérables » sont ovationnés par un public bouleversé qui murmure « Admirables ».

Théâtre du Lucernaire. Du mardi au samedi à 20h ( sauf les 6 novembre et 15 décembre) Réservations : 01 45 44 57 34

Le songe, d'August Strindberg

Mise en scène de Diane de Segonzac, assistants : Vincent Gauthier et Jean-Luc Mingot
Reprise du spectacle créé en 2006 dans ce même théâtre du Nord-Ouest.
Le parti-pris généreux de Diane de Segonzac séduit parce qu’elle privilégie la dimension aérienne de cet auteur, ici plus poète surréaliste que métaphysicien ou même encore qu’homme torturé sur une terre où il dit parfois ne pas comprendre la mission qui lui est assignée. Dans le Songe il a décidé qu’Agnès, fille d’Indra, dieu védique de la foudre, est descendue sur terre pour y être confrontée aux malheurs, douleurs, inquiétudes, constats d’échec et d’incommunicabilité des humains dont elle partage la vie de tous les jours. Elle accepte leurs conseils, comme celui de ne jamais « chercher querelle à Dieu ». Pour eux vivre constitue le premier des songes. Pourtant l’un des trente personnages qu’elle rencontre questionné par son partenaire : « de quoi as-tu le plus souffert ? » lui répond : « d’exister ». Un officier, un avocat, un poète escortent Agnès sur l’immense plateau presque nu où ne figure qu'un minimum d’accessoires. Les costumes de Catherine Lainard sont chatoyants ou dépouillés et la musique de Frédéric Ligier composée pour la mise en scène est limpide. Les lumières signées Baptiste Mallek et Jean-Luc Mingot sont parlantes. La porte plantée au centre de la scène devient un miroir. Aïcha Finance, Agnès vibrante et magnétique, qui la franchit enfin pour remonter là d’où elle venait, la laisse ouverte sur l’infini. Les neuf comédiens et comédiennes sont tous remarquables.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Strindberg.
Dates et réservations : 01 47 70 32 75.