14 janvier 2010

Boris Vian

Boris Vian, Juste le temps de vivre
Conception : François Bourgeat et Jean-Louis Jacopin,
Mise en scène et lumière de Jean-Louis Jacopin.
Le Lucernaire et les Tréteaux de France… Merci Monsieur Maréchal… nous offrent un spectacle plus qu’épatant et l’équipe qui lui donne corps est, à une âme près (celle de Jocelyne Carissimo ayant pris son envol), la même que celle qui, au Théâtre du Tambour Royal bellevillois , à mi-pente d’une des collines qui veillent sur Paris, proposait « Belles Vagabondes » avec des textes de Colette , Francis Carco, Louise de Vilmorin, Apollinaire et notre-votre Boris. C’était au printemps 2006 et c’était excellent .
Sur l’affiche de Juste le temps de vivre Boris arbore un sourire tendre et large, mais dans ses yeux on peut lire tant de doutes, de nostalgies et de mauvais présages. Homme concerné par tout, sur de multiples brèches, réagissant, rebondissant et puis s’évadant toujours de ce ‘tout’ là, empoignant sa trompinette, façon pied de nez aux musiques engoncées, cet homme savait aimer, donc il était libre, contrairement à ceux qui ne risquent rien.
Décor minimaliste: des dessins-croquis comme bâclés, accrochés aux rideaux noirs évoquent l’absurde régnant à l’époque où les Dali, Picasso et autres attaquaient tous azimuts. Mais vous êtes vite confisqués par deux femmes savoureuses en robes rutilantes fendues sur le côté, laissant entrevoir leurs jambes parfaites, deux comédiennes-musiciennes chantant a capella et jouant magnifiquement du piano, parfois à quatre mains. Un homme: acteur et musicien, violoniste qui compose aussi pour le théâtre campe un délicieusement plausible Boris-bis.
Le choix des textes risque de faire l’unanimité parmi les spectateurs, toutes générations confondues; les plus caustiques sont parfois abrégés pour que l’humour agisse en remède parfait pour des temps soit-disant ‘difficiles’. Mais l’après-guerre de Vian n’était-elle pas une époque où tout devait être réinventé, où il fallait faire, une fois encore, confiance aux mots, à cette langue qui est notre mère et nous permet de rêver, donc de vivre ?
Descendant l’escalier qui mène au Théâtre Rouge du Lucernaire, les spectateurs ravis croisent ceux qui viennent en masse voir des « Misérables» d’après Victor Hugo qui ‘cartonnent’. Braves gens libérez-vous à 18h30 pour aller y jubiler… juste le temps d’adorer notre Vian dont c’est le cinquantième anniversaire de la mort, lui, l’auteur d’ A tous les enfants qu’il nous faudrait parfois demeurer.
Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, matinée le dimanche à 17h. Réservations : 01 45 44 57 34