30 janvier 2010

Entretien avec M. Saïd Hammadi

Entretien avec M.Saïd Hammadi, ouvrier algérien, de Tahar Ben Jelloun

La courte pièce du futur prix Goncourt a été montée à la fin des années soixante-dix par Antoine Vitez.
Son sujet, toujours sensible, met en scène un ouvrier algérien répondant aux questions bienveillantes d’un journaliste qui ne saurait être autre que l’auteur.
Les plaies ouvertes de la Décolonisation entreprise par le Générale de Gaulle, après ces longs évènements d’Algérie, devenus curieusement guerre lorsqu’elle fut terminée par les accords d’Evian et la prise de contrôle de l’Algérie indépendante par le F.L.N. , Saïd le déraciné les porte en lui, exilé dans ce qui était sa patrie à Marseille puis à Paris, patrie qui lui rappelle qu’il y est désormais étranger puisque l’Histoire l’a voulu ainsi. Mais Saïd rêve et espère que ses enfants connaîtront un meilleur sort, qu’ils pourront étudier, que le nouveau pays connaîtra la même prospérité que lorsqu’il était lié à la France, avec cette autonomie en plus et cette jeunesse qui pousse aux audaces. Nous sommes en 1978.
L’an 2000 ce sera, pour Monsieur Hammadi, c’est sûr, le temps du renouveau et de la récolte !
Cruelle connaissance du public de 2010 qui sait que la corruption du régime militaire, l’islamisme de 1992 et la terrible guerre avec ses massacres, poussera tant d’Algériens vers la mère divorcée ou vers l’Amérique, vers l’exil ou le renoncement, sur place, au spectacle de la captation des richesses et à la gabegie…
Et si son espoir déçu était le nôtre ?
Si l’homme, en France, subissait aussi aujourd’hui le pire de racismes, le racisme anti-humain basé sur la loi du Marché et portant au pouvoir, ici aussi, les plus cyniques et immoraux dirigeants ?
Si nous étions en train de vivre ce que d’autres observeront demain en se demandant : pourquoi n’ont-ils rien fait ?
Le texte sobre et porteur de silence de Tahar Ben Jelloun est servi par deux comédiens, Zahir Boukhenak et Philippe Haug, tous deux sensibles et vibrants, qui parlent dans le désert, dans la montagne et dans la ville, mélangeant ces échos contrastés, maîtrisant avec peine leurs émotions.
Le metteur en scène, Alexandre Laurent, laisse faire et conduit, éclaire et laisse passer et une brise se lève, curieuse des mots qui sont dits, elle chatouille notre intuition.

Christian-Luc Morel

Le Local, 18 rue de l’ Orillon, vendredi, samedi à 20h30 jusqu’au 31 janvier,
réservations : 01 46 36 11 89 . Puis en tournée en France et à l’étranger.