26 janvier 2010

La botte secrète de Dom Juan, de Grégory Bron

Dans le plus ravissant théâtre de Paris, rue des Vignes, au cœur de ce seizième méconnu, est présentée une pièce contemporaine en alexandrins d’une jeune monsieur-auteur.
Dom Juan a un ‘m’ – preuve de raffinement et de connaissance du français – et les alexandrins sont intelligemment ciselés (Ils ne sont pas très bien dits mais c’est une plaie actuelle qui sévit jusque dans les plus vénérables maisons.)
Nous voici pourtant face à un spectacle « off » (ce qui n’indique pas une origine russe mais vauclusienne) qui a triomphé en Avignon et permis à ses planches de s’échouer sur une dune couverte de velours rouge.
Dans ce genre « café-théâtre à grand spectacle » ou épopée pop, cette face de cape et d’épée, de rires sous capes et d’épais, touche du fleuret le public, conquis par la fougue des comédiens, ivres de la joie de jouer, qui pourraient être sérieux et se l’interdisent pour notre plus grand plaisir.
L’argument ? Il n’y en a guère ; à quoi bon ? Hugo, Cervantès, Shakespeare et Rostand ont tout dit et nous sommes bien fatigués.
Chevalier grisonnant et fourbe, grosse soubrette féministe, Dom Juan en dialogue inter-sexuel, rien ne nous est épargné, même pas la visite du beauf en goguette, monté sur scène pour désacraliser cette marionnette qu’on appelait…comédien ? Sommes-nous drôles et affranchis ! Et dire que Grand’mère pleurait aux tragédies !
Vite, les alexandrins cèdent le pas à « con », « merde », « enculé », « fait chier », langage adopté par toutes les dames anorakées et empantalonnées du seizième qui s’y retrouvent et gloussent de reconnaissance. Et hop: un message humaniste et léger, et lourd de légèreté, s’immisce parfois dans la poésie irrégulière !
C’est une vraie troupe qui s’agite sur la scène, très collective et uniforme.
Ah l’on rit bien de cette parodie, et la vitalité de ces comédiens ‘en devenir’ emporte l’adhésion. Il y a même une sorte de charme, que l’on ressentait aux fêtes de fin d’année, quand l’enthousiasme et la bonne volonté transformaient le chiffon rouge en rideau de théâtre.
Et l’on rira encore davantage, un jour prochain, d’une parodie de la parodie où nous serons mis, tout nus, face à nos ricanements de ce temps-là où il fallait rire de tout pour ne rien remettre en cause.
Mais, pour l’heure, profitons de cette « Botte secrète » et de cette équipe sympathique à ne pas prendre au sérieux.

Christian-Luc Morel

Théâtre Le Ranelagh, du mercredi au samedi à 19h00. Matinée le dimanche à 15h00. Jusqu’au 28 mars. Réservations : 01 42 88 64 44 ou www.theatre-ranelagh.com