31 janvier 2010

Les tentations électives, de Benjamin Oppert

Les tentations électives, de Benjamin Oppert
Mise en scène Philippe Brigaud
Ca démarre au quart de tour; la dérision, la malice et la provocation sont au rendez-vous . Soit une soirée des Molière filmée pour la télé. Suspense insoutenable : qui va obtenir ce prix du meilleur comédien couronnant une carrière, la relançant, ou véritable hommage pré-posthume? Le présentateur (Michel Pilorgé) est perdu sur le plateau, à cour un seul caméraman, des voix-off nous disent des passages des pièces jouées par des comédiens prestigieux dans divers théâtres mais surtout dans ceux dits d’« art et d’essai », à peine subventionnés mais tellement nécessaires . Bien sûr le Nord-Ouest et son directeur sont dans le coup. La ministre de la culture arrivée avec un brin de retard s’est glissée dans la salle, presque honteusement. Ouverture de l’enveloppe fatale : un certain Pierre Escabeau (Rémy Oppert) remporte le trophée pour son Tartuffe. Il se lance dans un discours interminable de cabot sublime qui ne permet pas au meneur de jeu de finir la moindre de ses phrases . Ce dernier s’en étoufferait presque quand Escabeau, péremptoire, donne quasiment l’ordre à la ministre (Christine Melcer) de monter sur scène pour lui remettre la minuscule statuette extirpée de dessous un tissu recouvrant une vieille table. On comprend qu’il la connaît mieux que bien, qu’ils ont des souvenirs communs et qu’autrefois… Rompue à cet exercice quoiqu’un peu troublée, et pour cause, elle improvise un discours avec des constellations de clichés. Exit le meneur de jeu qui n’en peut mais. Voilà nos anciens amants face à face dans un registre différent. Pierre récemment divorcé refait la cour à sa Jeanne ; confidences et rétrospectives sentimentalo-analytiques. Ils décident de se marier vite-fait bien-fait . Cependant que la dame hantée par un pouvoir qu’elle courtise veut se reconvertir en maire d’une petite commune parce que sa position de ministre est plus que précaire. Elle expose ses raisons à cet époux qu’elle va négliger pour cause de campagne électorale. A la phase trois, ils sont vraiment trois derrière six téléphones attendant le coup de fil fatal à parvenir du bureau où se déroule le dépouillement. Pierre rumine, commente la situation et se réconforte à coup de citations de Molière. Jeanne, en effervescence, perd contenance au fil de l’annonce des résultats et Alexandre (Aurélien Charle) son jeune directeur de cabinet et groupie s’énerve. Gong final: Jeanne ne sera jamais maire mais tout est mieux ainsi. Et pourquoi Pierre et elle ne partiraient-ils pas en voyage pour se retrouver une fois encore, une fois pour toutes puisqu’ils ont ‘la vie devant eux ’? (ou ce qu’il en reste). Jeux de mots, traits d’esprit, clins d’yeux et aphorismes détournés puis récupérés font que cette pièce composite d’un jeune auteur joue sur différents registres. On est en pleine satire, on réfléchit sur le théâtre et les mystères de la politique…ça roucoule, puis le rythme se ralentit, des silences lourds s’installent ; du deuxième ou troisième degré ça a rétrogradé, ça freine, on en est revenu au premier et la fin est une jolie pirouette. Les comédiens sont excellents, la distribution étant dominée par Rémy Oppert dans le personnage principal, il est tour à tour impérieux, inquiétant, perplexe, puis amoureux frémissant ou comblé.
Cette pièce d’un jeune auteur plus que doué vient de fêter sa centième : elle vous est proposée dans ce théâtre montmartrois dont les programmateurs sont des jeunes gens étonnants… donc des battants ?
Théâtre du Funambule du 14 février au 2 mai, jeudi, vendredi, samedi à 21h30, dimanche à 16h00. Réservations : 01 42 23 88 83, FNAC et CARREFOUR.
et :
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