10 janvier 2010

Malgré lui écrit et joué par Nicolas Vallet

Titre désarçonnant, la note d’intention de l’auteur-comédien nous laisse supposer qu’il est question de l’itinéraire d’un régisseur de théâtre qui en a assez d’être plus qu’indispensable tout en n’étant jamais cité dans les programmes, chroniques et critiques. Forcément : un technicien ne saurait être un artiste. Les comédiens traversant des périodes difficiles se reconvertissent en éclairagistes, mais ici c’est l’inverse : Nicolas Vallet, censé jouer ce régisseur qui veut « sortir de l’ombre » nous propose un exercice de style où il nous prouve qu’il est d’abord et avant tout comédien dont le métier est de « faire semblant ». Mais lui possède une « lumière intérieure ». Son parcours ? il a tout travaillé, joué tous les grands rôles du répertoire, voyez Molière et son Médecin malgré lui et encore Shakespeare: vous auriez dit Hamlet, ce fils pari-matricide ? Non, c’est plutôt Richard III. Acteur-auteur- poète qui courtise les mots avec lesquels il jongle, lui, cet « Alain Delon de l’ombre » saurait tout faire… un artiste complet ? La mise en scène rapide, astucieuse, plus qu’inventive et généreuse de Charlotte Andrès le choie plus encore qu’elle ne l’escorte. Les accessoires sont rigolos: des valises vieillottes, un poste de télévision traîné sur scène nous vaut cette séquence avec chien faisant sa sieste ( I love my little dog and my little dog loves me ), des objets traversent la scène tirés par des fils invisibles, c’est toujours fascinant. Des coulisses de ce plateau vide avec rideaux noirs, un bras puis un autre brandissent des objets, symboliques ou pas, que récupère notre bonhomme.
Les musiques peuvent être des valses de Strauss et les lumières devenir bleues… de plus en plus de références sont faites aux maîtres du cinéma américain (voyez Andy Warhol ). Nicolas Vallet peut aussi se permettre de changer de voix - chaleureuse au départ, il la voile pour ensuite tonitruer - et d’aligner truismes et anecdotes ayant trait à son métier, de nous jouer son texte façon comedia dell’Arte et de finir par un règlement de comptes avec son enfance, ses parents, bien sûr : « A la maison c’était pareil ». Pareil à quoi ?
Ce spectacle qui va dans beaucoup de sens à la fois, proposé par un comédien qui se démène, vous touchera. La programmation de la Manufacture des Abbesses, une fois encore, prouve qu’un théâtre de création à la direction jeune peut et doit prendre des risques. Celui de vous y faire retourner.
Manufacture des Abbesses, du lundi au jeudi à 19 heures, jusqu’au 25 février.
Réservations: manufacturedesabbesses.com / 01 42 33 42 03.