22 janvier 2010

Solomonde, épopée pour un clown et une porte

Spectacle écrit par Lucie Gougat et Jean-Louis Baille
Un tapis bleu occupe toute la scène, à la cour un paravent bleu et un fauteuil orange, au fond, décalée vers le jardin, une porte en bois étroite et banale, et un homme au maquillage et gros nez rouge en chemise grise d’ancien livreur ou déménageur. Il a un collier de barbe et sur la tête une étrange casserole à deux manches ; la pièce peut commencer, car c’est d’une vraie pièce qu’il s’agit, et surtout pas d’une succession de saynètes ou d’un simple one-man show hilarant. Ce spectacle est métaphysique au point qu’on rêve de convaincre des directeurs d’écoles, de collèges et lycées d’y envoyer des classes entières, ensuite les élèves de première et terminale seraient conviés à rédiger une dissertation dont le sujet serait… car il s’agit d’une méditation sur l’existence: le ‘clown’ ( Jean-Louis Baille) tournant en rond dans une salle genre noman’s land, tente de se donner le courage d’aller ouvrir la porte donnant sur la scène, il se sermonne : « fau-yaller » pour caler et alors s’en vouloir : « oh la vache ! ». Il l’ouvre enfin et, derrière, ce n’est pas un public ( rafales de bruits apocalyptiques) mais ‘le monde’ qui l’attend et le guette. Il claque la porte, se remet à soliloquer et ses mots approximatifs deviennent des mots d’enfants, des enchaînements poétiques, et puis des borborygmes leur succèdent. Il se met à manipuler une foule d’accessoires de vrai cirque aux formes et fonctions d’une loufoquerie de plus en plus insensée. Le public à commencé à pleure de rire dès les premières minutes de ce solomonde à la fois seul-au-monde, mais qui en écho évoque un éventuel ’salaud’, donneur de leçons, vrai-faux Salomon. Mais où est la vraie sagesse ? Il ouvre la porte de plus en plus souvent, les bruitages sont de plus en plus cocasses ou homériques…nostalgie : le temps passé est évoqué par le bruit d’un train à vapeur. A la toute fin il franchit le seuil : silence de mort…il nous abandonne, effondrés que nous sommes par le départ d’un personnage dont les méditations sur le courage de vivre nous ont bouleversés. Les éclairages, trucages et bruits sont hallucinants d’inventivité et de loufoquerie, le comédien sidérant. Dans le paysage théâtral de janvier encombré de reprises d‘anciens succès (voyez le peu de risques pris par les programmateurs) cette pièce est une bénédiction.Théâtre Daniel Sorano à Vincennes jusqu’au 21 février, vendredi à 20h45, samedi et dimanche à 16 h, réservations : 01 43 7