10 février 2010

La lutine, de Calderon

La Lutine, de Pedro Calderon de la Barca
Mise en scène et adaptation : Hervé Petit
Comment envisager un lutin (‘petit génie malicieux’ selon Larousse) au féminin ? Où se logerait sa malice et quels stratagèmes une vraie mutine pourrait-elle utiliser, et dans quel but ?
Rassurez-vous, s’il y a de la magie et de l’étrangeté dans la pièce de Calderon nous y sommes en famille: Don Juan est le frère de Don Luis, leur sœur à tous deux est Dona Angela, jeune veuve, peut-être de moins en moins éplorée : « la perte d’un époux ne va pas sans soupirs… et puis on se console », la vie doit continuer, se transmettre. Leur cousine à tous c’est Dona Béatrice qui, brouillée avec son propre père, est également hébergée par Don Juan : « chers cousins… bien sûr nos maisons sont les vôtres ». Quant à Don Manuel, ami de Don Juan, il va, un temps, y être aussi accueilli. Isabelle est la servante de Dona Angela et Cosme, valet de Don Manuel, clone d’un Figaro très rigolo, commente les agissements de ses maîtres à coup d’aphorismes hallucinants de justesse ou de loufoquerie.
Mais qui aime qui ? ou encore : qui pourrait aimer qui ? Mais… « l’amour véritable sera celui qui ne s’écartera pas de sa route par pure extravagance » décrète Dona Béatrice.
Pièce pléthorique d’un siècle espagnol ‘d’or’ où, pour dire les choses on prenait son temps, un temps si différent du nôtre lequel est plutôt bâcleur. Donc Don Manuel et sa Dona Angela : mais quand se sentira- t-il donc autorisé à lui avouer son amour ? et qui donc peut-être la lutine hantant la maison chandelle en main, ou pas, et pour découvrir quoi ? Imbroglios, quiproquos, une vraie-fausse porte avec armoire la masquant et un jeu de cache-cache comme celui de sales gamins pas encore montés en graine. Tout ici est à la fois élégant, hilarant et jouissif. Cela parce que hauteur de vues et sens de l’honneur marquent cet auteur (ordonné prêtre à l’âge de 51 ans) dont le texte est adapté par Hervé Petit, un amoureux-fou de la langue française.
Sa mise en scène n’en finit pas d’être vive, inventive et les costumes (les dames d’abord !) sont chatoyants. Les musiques, les lumières et les ombres sont mieux qu’intelligentes. Les comédiens sont élégants, charmeurs et intenses. On jubile.
Théâtre de l’Opprimé, jusqu’au 7 mars. Du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h.
Réservations : 01 43 40 44 44