10 février 2010

Seznec

Seznec, évocation théâtrale écrite par Vincent et Rognard

Chacun connaît la passion de Robert Hossien pour les procès et les alluvions que ces fleuves bourbeux charrient dans leur bouillonnement.
L’affaire Seznec, haut-fait judiciaire du siècle dernier, a jadis divisé la France en deux et fendillé la province bretonne qui ne se reconnaissait pas dans ce « coupable » buté et maladroit.
Deux amis, un « touche-à-tout » et un politicien affairiste, partent à Paris exploiter une combine de voitures. L’un d’eux, le notable, n’y parviendra jamais, et jamais on ne retrouvera sa trace.
Le procès de Quimper, en 1924, aboutira à la condamnation de Seznec qui sauvera sa tête sur une irrégularité de verdict, et subira le bagne pendant plus de deux décennies avant un élargissement, à l’issue de la guerre. Rentré dans sa famille, il sera peu après renversé par un véhicule et mourra en proclamant son innocence.
Sur ce fait divers, Hossein a construit cette pièce-procès habile, émouvant, servie par des comédiens inspirés, qui montre la surdité d’une justice qui peut condamner pour assassinat sans cadavre et sans bénéfice du doute au profit de l’accusé. Cette justice-là instruit à sa charge, balaie ce qui la gêne, même si la culpabilité est maintes fois démontrée. Le réquisitoire de l’avocat général brille comme un tranchant de guillotine. La réponse de l’avocat joue sur les notes de la sensibilité mais ne convainc pas. Mais il n’y a pas de cadavre, peut-on donc parler de meurtre ?
Le public, appelé à voter, dans un élan prévisible de commisération, décide toujours de l’innocence du pauvre Seznec. Maître Lombard, appelé à la rescousse par vidéo, dévoilé par les rideaux cramoisi d’une estrade de marionnettes, enfonce le clou, toujours prompt à enfiler un ‘pull-over’ rouge…
Malgré ces naïvetés, le spectacle est une parfaite réussite.
Les témoins appelés, matois, campagnards, bourgeois de sous-préfecture, vielles filles sèches, domestiques ahuries, les juges teigneux et viandards, l’avocat-moulin à vent : chacun est habilement choisi et joue juste, peignant un tableau vivant de cette France des Années folles, qui ne sont folles…qu’à Paris. On rit. On écoute. On devine les faiblesse d’un témoignage, l’invraisemblance d’un deuxième, la partialité d’un dernier. On ne s’ennuie jamais.
Le vieux magicien et chantre d’un théâtre populaire et de qualité ne s’est, une fois encore, pas trompé. Le sujet est sensible : la justice serait donc une vieille aveugle méchante qui donne des coups de canne.
Quant à Seznec : innocent ou coupable ? A vous de voir.

Christian-Luc Morel

Théâtre de Paris, du mardi au samedi à 20h30, samedi à 16h30, dimanche à 15h30.
Réservations : 01 48 74 25 37 et
www.theatredeparis.com, également fnac.com